21 novembre 2011

Dans les Potagers #1

C'est à côté du marché, dans le quartier populaire en voix de gentrification. Il n'y a ni enseigne, ni terrasse officielle. Le linge de la voisine du dessus est pendu au balcon. Un drap blanc coloré de fleurs. Sur les murs du hall, des expos, photos, dessins, peintures, cela change au fil des mois. C'est bien aménagé. Un canapé de cuir marron, exactement deux chaises, et un fauteuil très confortable. Si l'on veut ramener un souvenir, des vinyles posés sur la table basse sont en vente. Il ne reste que peu de la production historique, pressés en faible nombre, ils s'épuisent vite. Il y a aussi le frigo, derrière le comptoir blanc, pour acheter du liquide. On peut y venir seul ou accompagné. Des gens sont là, pas des jambons mais de la chaire vivante. Ça parle musique, concert et dromadaire. Et puis il y a un bon Dj, pour occuper les oreilles avant le début des hostilités. L'heure de la première note est variable, mais quand le public est appelé à descendre, tout le monde s'engouffre dans les escaliers. Sans oublier de jeter son cadavre de verre dans les cadis prévus à cet effet, et de sortir son petit billet pour soutenir les camarades. Un écriteau sur la porte, vous serez mignons de ne pas fumer, merci. On en fait ce que l'on veux. Sur les murs de l'escalier des rats noirs sont dessinés. Et un chat, juste avant la porte d'entrée de la cave. Ce n'est pas très grand, aux concerts gratuits des grosses pointures c'est un peu serré.
Enfin, on y est. Oreilles ouvertes, ceintures libérées. Retour à la terre, en passant par la lune.
Écoutons.




THE BEST AMERICAN BAND!

J'ai toujours rêvé de voir un concert de rock punk dans une cave. Avec un son crépis qui part en miette, une musique qui selon tous les sens de la perception se désagrège, mais se reconstruit quelque part, dans la tête, le sexe, le nombril ou je ne sais où. Partout. L'impression que de la poussière s'envole des peaux du batteur. L'envie de sauter, non par convention sociale, mais par conséquence existentielle, du fait d'être lâché au milieu de cette sauvagerie rocailleuse. Le son juste assez trop fort, comme il faut. Ça tape sans relâche, sèchement, insuffle une énergie, un rythme de débauche. Le chant caverneux, façon homme préhistorique perdu dans les temps modernes. La guitare, au bout de son fil téléphonique, acerbe, cynique, violence là aussi induite par le simple fait d'être là. Un pierrier sec, qui chauffe, qui dégage. Aridité. Le batteur se change en lama, crache à la gueule du vide sa mauvaise bière multinationalisée. Puis redevient cheval des cavernes, au galop, taureaux des champs rocailleux. Un ours à la basse, en un coup de griffe ça te décapite. Ça mange du miel. La ruche est débordante, on en a plein les babines. Le miel que l'on vient d'avaler nous ressort par les oreilles, ça bourdonne, ça transpire, c'est tout cela que l'on entend, sucré, cristallin et grumeleux, c'est la manière dont ça jaillit, Pinocchio auteur d'une energie positive d'auto-destruction. Du larsen maitrisé, saupoudré dans l'ivresse, voilà ce qu'il y a. Voilà ce que c'est.


WOMAN


Ça commence par du bruit, ça finira par du bruit, et entre, nous avons deviné, du bruit aussi, beaucoup de bruit. Bruit invisible qui  dégénère, cancéreux. Y'en a qui s'occupent d'amener le schmilblick vers sa mort pendant que d'autres lui insuffle des nuées au cœurs. On entend le battement du rythme. Alors ca s'etend, ca vie, convenablement avec des excès suffisant, puis ça meurt. En moyenne, 5 secondes de durée de vie. Lent, lourd, ennuyant, chiant à l'impossible, puissant, vivant. C'est du post-truc, c'est du après, ce qui vient après, au suivant, les vieux chnoks sont morts de faim, trop pécunier, trop nombriliste, et maintenant c'est ça. On entend pas la voie, on entend que quelqu'un chante et que nous ne comprenons pas ce qui est dit, et que lui non plus. On en revient toujours à cette volonté de persécuter l'air ambient.

 "Sorry if it's too loud, but it's the only way we know to play"
 " Allright ! "

Un camarade dit que ça s’appelle du Swamp Noise. Avec les alligators qui rodent, les tête coupés, les guirlandes vaudou, le brouillard, le bruit de l'eau qui stagne. C'est surement ça. Un beau paysage américain.


13 novembre 2011

Just a lemon time...

Trois artistes.
                    Trois chansons.
                                             Trois styles.
                                                                 Un thème récurent : le thème du citron.
Je l'appelle comme ça parce qu'il faut bien lui donner un nom.
Les premiers s'inspirent du dernier. Les intermédiaires, on ne sait pas trop.
            Probablement.
                                  Bref. On s'en fout un peu en l'occurrence.

Just enjoy it.

1 août 2011

Jazz in Paris #3 - La revanche



Jamais un batteur n'aura autant attiré l'attention.
(et je ne dis pas ça parce que j'en suis un)

     Par son look déjà. Bien habillé, petit costard avec noeud papillon. Crâne à moitié rasé. Un coté avec des jolis motifs dessinés par la tondeuse. L'autre avec les cheveux rabattus et soigneusement plaqués. Une fine barbe qui parcourt sa mâchoire pour rejoindre sa (fine) moustache.
     Par son attitude. Tirage de langue. Mouvements secs de la tête pour accompagner les coups de baguette. Expressions faciales accompagnant la musique. 
     Par sa technique, même si à ce niveau ce n'est pas ça qui fera réellement la différence. Un jeu extrêmement puissant. Il frappait fort le bougre. On l'entendait bien (trop diront certains). Il a peut-être perdu sa baguette dès le début du concert, mais il n'a jamais perdu le rythme. Il en faisait parfois un poil trop, mais ce n'est certainement pas moi que ça gênera.
     Par son audace. Une chose est sûre : il n'avait pas peur de s'affirmer. C'est lui qui menait la troupe et assurait la structure de la musique (et pas simplement la structure rythmique). Sa façon de jouer et ses riffs extrêmement denses donnait un cachet très particulier aux différentes compositions.

Mais bien évidemment, ce n'est pas parce que je suis en train de louer le talent du batteur qu'il faut oublier les 2 autres membres du groupe (car c'est bel et bien un groupe, avec plusieurs personnes en son sein dont chacune à son importance). Le contrebassiste, et accessoirement "leader" (c'est lui qui parlait entre les chansons), avait des doigts hypnotiques qui parcouraient ces 4 cordes avec frénésie et précision. Le pianiste quant à lui se faisait plus discret mais contribuait fortement à l'ambiance qui se dégageait de chaque chanson. Pas de longues envolées noires et blanches mais surtout des accords bien plaqués et placés.

Bref, un des meilleurs concerts de Jazz qu'il m'ait été donné d'entendre cette année. Phronesis qu'ils s'appelaient. Un nom que je ne suis pas près d'oublier de si tôt (et encore moins avec leur album acheté 2 jours après...).

NB : ce qui est dit dans l'article ne correspond pas forcément à ce que vous entendrez. C'est là qu'est tout la différence entre un concert et un CD (on ne vous le répétera jamais assez).