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27 octobre 2012

It's Been A Long Time...

10 Décembre 2007

Une page de l'histoire se tourne. 
Le plus grand groupe de tous les temps se reforme une dernière et unique fois pour rendre hommage à Ahmet Ertegun, fondateur de la compagnie d'édition de disques Atlantic Records.
L'O2 Arena est plein à craquer.
20 millions de fans se sont manifestés.
18 000 places ont été tirées au sort.
C'est une réussite monumentale. 
Les 3 musiciens devenus papis s'en sortent admirablement bien et retrouvent leur symbiose unique qui faisait la grande force de leurs concerts.
La critique est unanime. Le tour de force est réussi.
Led Zeppelin will never die.


18 Octobre 2012

Une page d'un magazine se tourne.
Une publicité apparaît.
C'est pour un "film".
Enfin...

Ils ont décidé de sortir le concert en CD, DVD et autres formats 2.0. Et la promotion de tout ça passe par des projections au cinéma un peu partout en France. Le concert désormais mythique va passer sur grand écran, pour nous, les 19 982 000 frustrés. Quelques réservations sur internet et jours interminables plus tard, on y est. Assis sur les fauteuils rouges, la salle se remplit. Ça discute, ça papote, rien de bien différent d'une séance de cinéma classique. Sauf que cette fois, pas de pubs avant, pas de "faux" écran noir. Tout s'éteint du premier coup. Les cœurs s'emballent, les respirations se coupent, les poils se dressent. Probablement l'écran noir le plus intense du "cinéma" (après celui de 2001 : L'Odyssée de l'espace bien entendu).
Good Times Bad Times pour commencer. J'ai lu qu'ils pensaient que les gens ne s'attendraient pas à ça comme première chanson. Pourtant, j'ai toujours su que ça serait ça. Même qu'avec les potes, quand on reprenait le répertoire de ces monstres, on débutait aussi par celle-là. En tout cas, ce à quoi je ne m'attendait pas, c'est ce flux d'émotions qui m'a traversé le corps. L'impression de vivre un truc historique, de les voir "pour de vrai". Pourtant, c'est pas comme si j'avais jamais regardé leurs concerts : Royal Albert Hall, Earl's Court, Madison Square Garden, Knebworth, tout y est passé. Et pas qu'une fois. Mais là, c'était en 2007, pas en 1970. Alors forcément, on se prend beaucoup plus au jeu. On sourit, on chante, on bat la mesure, on s'agite sur son siège comme un damné, on applaudit après chaque chanson (et on se sent un peu con, c'est vrai, d'applaudir dans un cinéma). C'est tout simplement épique.
Toute leur discographie est représentée. Ils se permettent même de jouer une chanson pour la première fois en live : For Your life, de l'avant-dernier album Presence. C'est rigolo parce qu'à part les fans, je ne pense pas que beaucoup de gens la connaissent. Trampled Under Foot, In My Time Of Dying, No Quarter, Ramble On, Misty Mountain Hop, Nobody's Fault But Mine... Tout y est je vous dis. Sans oublier évidemment leurs grands classiques : Black Dog, Dazed And Confused, Stairway To Heaven, Since I've Been Loving You, The Song Remains The Same... Et pour terminer, Kashmir. 
J'ai envie de parler de celle-là en particulier parce que c'est celle qui m'a le plus marqué de tout le concert film. C'est une chanson naturellement magistrale mais le fait qu'ils la jouent toujours aussi bien, le fait de l'écouter dans cette immense enceinte, le fait qu'elle ressuscite aussi magnifiquement font que ce dernier bout de concert était particulièrement magique. La voix de Plant, même si ce n'est plus la même, fait toujours autant d'effet et les claviers orientaux de Jones sont toujours aussi grandioses.
Après les deux rappels (enchaînés de manière un peu brute dans le montage), on exulte. Revisiter le plus grand groupe du monde n'est pas de tout repos. En tant que fan, j'achèterai le DVD c'est certain. Et je le chérirai comme les autres parce que ce concert était, notamment par son contexte, d'une qualité vraiment exceptionnelle. Je ne regrette qu'une chose : les cymbales de la batterie n'étaient pas les mêmes que celles utilisées par Bonham Père. Plus qu'un détail de batteur aigri, c'est un bout de groupe qui fait défaut à la prestation. Comment prétendre restituer la lourdeur du rock en remplaçant les Paiste lourdes et résonnantes de Bonzo par de simples Zildjian dont le son s'évanouit aussi rapidement qu'un petit LU dans un chocolat chaud ?! M'enfin, je dois probablement être le seul à m'en plaindre et puisque c'est le seul défaut, on s'y accommodera rapidement.

Maintenant, je pourrai dire à mes enfants :
"J'ai vu Led Zeppelin"

13 mai 2012

Fumée sur l'eau #2


Cette année encore, Tympon est allé voir là bas. Lac, Apéro, et Jazz.


Ça a commencé par un questionnement problématique. Une tentative de définir la musique, qui entraine longs débats internes externes, n’aboutissant qu'a des conclusions subjectives et interchangeables.

Par exemple, on peut penser que la musique est

Un agencement de structure, de forme, de montée, de descente.
Une retranscription des son du réel comme si l'on vivait milles vies en une chanson.
Une création artistique initiée par l'humain qui chemine dans l'obscurité.
Une étude harmonico mélodique de l'orchestre universel.
Une onde qui fait vibrer l'hydrogène de notre corps.
Un système avec ses règles et conventions qui prend sens grâce à notre ouïe.
Une porte qui grince par laquelle la vie émerge.
Un indéfinissable.
Un processus de définition irrationnel.
Un "ce qu'il reste une fois que l'on a tout enlevé"
Un bla-bla qui tend au silence
etc etc etc...

Ça ne nous aide pas beaucoup. Tout ça semble complexe.



Pour se sortir de l'impasse, on peut directement réfléchir aux moyens de montrer cette musique, de l'écrire, de l'approcher, de la jouer ou d'y jouer. Que cela soit pour des oreillistes tymponistes, ou pour ceux que l'on appelle communément musiciens. Parce que résoudre une de ces questions, c'est les résoudre toutes en même temps. Essayons de réfléchir.


C'est sûr, on peut simplement écouter. Allez là où il y a de la musique, du rock bonnard, de la bière au refrain, du chahut au break. Se contenter de chanter les lignes mélodiques, taper du pied en rythme, savourer une bonne partie des Funeral Party. Et dire fièrement, j'y étais.


On peut mettre des mots, une succession de notes prémâchées pour créer sans trop se fatiguer. Raconter. Les deux amis en blancs. Ils s'introduisent par des coups grattement de mains. Font un une-deux blind test. Bob, Joe, Led, du fait maison, du fait villa, de l'irlandais. Applaudissement. Un peu vieux, vieillis. Ridé mais bien conservé. Des lambeaux de jeunesse. De l'héroïsme pompeux. Cela serait mieux avec plus de fougue. Souvent trop tranquille, comme figé. C’était comme ça avant, ça l'est encore. Antiquité. Une démonstration de technique cérébrale et sensitive.
Pourquoi pas.


Ou alors on va du côté de l’énergie efficace, Ladell McLin, genre gros blues égocentrique qui balance mémé sur son rock in chaire et en os, jongleur et pas troubadour, danse devant la scène, dans nos gueule, vous aimez les riffs débordants de whisky et bien moi aussi, ça vaut ce que ça crache et pas beaucoup plus, mais ça crache beaucoup et même beaucoup plus, il attrape sa guitare, lance un regard sauvage nonchalant alors que sa camarade en botte cuivrée enroule les cris de ses rythmiques, tagadam tagadam, vas-y mon gars, balance tes rafales, un peu de décadence de nous fera pas de mal, rolala ces jeunes qui s'agitent pour un rien, un bordel cathartique, bam bam bam, y'a surement un peu de sex drugs and rock'nd'roll là dedans, vlam vlam vlam, soyons indolent jusqu'au larsen final, prenons autant de place que l'on peux, les notes sont super sexy quand elles se trémoussent, agitent leurs popotins bien modulés, et hop, un brasier en clôture, invincible arrosé et jouissif.

Mais peut être qu'il vaudrait mieux communiquer plus naturellement. Revenir à l'essentiel, sans en faire des tonnes. Comme si l'on était assis autour d'une table, à partager quelque chose d'intime.


C'est ce que fait Bla Bla King. Il a inventé le blues, il a joué le blues, maintenant il nous cause du blues. Comme si l'essence du blues était ces paroles légères, remplies de métaphysique au fil de l'eau, celles que l'on jette entre deux chansons alors qu'en fond il ne subsiste qu'un mince accompagnement. Il les a amplifiées, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que ces interstices, ces entres-rien. C'est le comble d'un musicien de blues, éprouver une telle mélancolie, que sa seule présence nous communique de l'apaisement. Ils sont pleins à être assis à ses côtés, à échanger des infusions ensemble. Nous aussi avons l’impression d’échanger quelque chose. En étant là au même endroit, espace-temps, carrelage plafond, à gauche de la scène, deux oreilles, deux yeux, deux mains, deux syllabes pour saisir la musique.


C'est un peu magique. Même si l'instrument est unique, il existe de multiple manière d'en jouer. A l'image de ce cher Robert, qui met les choses à plat, pour mieux les disséquer sur sa table d'opération. Avec une préférence pour le phunque, ce bel animal qui par le rythme de ses gestes comble la faible taille de ses nageoire, et la sôule, le poisson plat qui ne fait qu'un avec l'esprit de la terre. Comme quoi, on est assez libre finalement. On peut prendre le temps de développer son propre angle d'attaque, et l’affiner au fur et à mesure, jusqu'à saisir quelque chose d'auparavant insaisissable.


Comme le J. Blake, la coqueluche londonienne. Des gouttes d'eaux à la surface d'un vase qui s’apprête à déborder mais qui jamais ne se déverse. Petit battement de cœur inhumain, flux distendu, voie schizophrène juxtaposant majeure et mineure. C'est intéressant parce que c'est du nouveau. Une nouvelle valeur, une nouvelle vision. Il est encore un peu jeune cependant, et manque de maturité. Trop de différences péjoratives, entre le studio et la scène, où il apparait un peu perdu, pensant que l'on attends de lui qu'il chante langoureusement devant son piano. Comme si son originalité était pour l'instant trop dur à assumer, à tenir sur la longueur. Tout ça, cette performance pour laquelle des gens versent larmes et deniers,  prend du temps à se mettre en place.


Ce qu'il faut surement réussir à faire, c'est mélanger l’évidence naturelle avec une volonté d'aller en avant. Ainsi, devant le supafunkrock de Trombone Shorty, nous sommes tous debout  sur les chaises mortes et endormies, qui se changent pour l’occasion en trampolines branlants au gré des valses. Tous à taper des mains, chanter, se prendre dans les bras, crier encore encore, transpirations, sourires, envolées, encore, on aime ça, on ne sait pas trop pourquoi mais on aime ça, ça nous réveille, ça nous touche. Un tra-la-la hors du brouhaha.


Et très vite la magie recommence, dans des conditions extrêmes, sous la pluie, l'esprit explosé. De la musique tzigane, Ziveli Orchestar, ça vient de loin, c'est de la contre culture mainstream, bobo branché, folk qui nous sort de l’impérialisme occidental, alors cela fait du bien. Sur la scène extérieure, auprès de l'arbre géant, le monde s’agite. Il pleut fort maintenant, mais des gens sont torses nus et continuent de tanguer. Et puis le souffle s'arrête, et puis le souffle recommence. On est entraîné par les cuivres, par la forte voie féminine.  C'est une forme traditionnelle, un canevas reconnu, sans mise en danger, mais très fort en émotions libérées.



Le piano est un instrument noir sur blanc, quand  il est trituré avec talent, cela saute à la prunelle. C'est vrai que Tigran Hamasyan a une manière féline de jouer du piano. Un air d'Alladin. Avec lui, monsieur le génie percussionniste Triluk Gurtu., avec autant de tours dans son sac que Babel mise en poche. Les deux sont sur un bateau, un bateau fantastique, hors des normes habituels. Ils sont sur le bateau de Sinbad, et aucun des deux ne tombent à l'eau. Nous suivons leurs folles aventures, où à tout moment, trésors merveilleux, ou lourdes coulées de laves peuvent apparaître  Il y a quelques longueurs, il y a quelques raccourcis. Mais à moins d'être sensible au mal de mer, la traversée vaut le détour.


- A une centaine de mètre du centre névralgique, sur les bords de l'eau, se dresse un ponton, soutenue par de blancs piliers. On peut s'amuser à taper dessus, à l'aide de ses deux paumes. Et cela produit différents sons. On peut même taper en rythme, et à plusieurs. Et cela fait quelque chose qui ressemble vaguement à de la musique. C'est parfois aussi simple que ça. -




Nous pensions assister à un fabuleux concert. Nous pensions aimer le mélange de chœur et de cordes. Nous nous attendions à être un peu remués, portés par un élan popesque, qui aurait recalé l'ennui à une considération relativement mineure. Nous pensions ressentir la flamme, le brasier d'Arcade Fire. Et puis non. C'est tout plan plan cul cul. C'est trémoussements niais, bain moussant trop chimique. Mauvaise fois aveugle qui voudrait nous forcer à sauter de joie, alors qu'on désir seulement soupirer. Il parait que c'est à cause de la salle, ou que ce soir spécialement, ils n’étaient pas en forme. Peut-être. Mais depuis, déçu, leur CD a disparu de la bibliothèque du salon.


Miles Davis est mort. Erik Truffaz, lui, est encore bien là. Mais Miles Davis est mort. Alors Erik joue du post Miles Davis. Il superpose de larges et profondes flaques d'émotions, soufflant milles bougies à la suite. Des couches de sensations se succèdent. Surimpression. Simultanéité.



- La tête sous l'eau du lac, on entends plus rien. Presque plus rien. Le bruit des vagues, le fracas des rochers, sa respiration, sa chair. Un très beau concert, accessible à tous. Rafraichissant. -


Toute une mise en scène, costume décors atmosphère, puisqu'il ne s'agit d'un simple concert, mais de reproduire une œuvre. Alors c'est un moyen comme un autre de combler l'absence du génie enroué, Tom Waits. Aboiements, cris d'oiseux, maquillage, costume, instruments qui s'articulent, cacophonie grotesque et harmonieuse. Une folle tape sur une pelle en fourrure blanche. L'un avoue qu'il n'a jamais rien compris aux paroles, mais que les paroles l'ont comprise, lui. Coup d'accordéon. Théâtre musical.


Il y en a qui sont amoureux d'elle. Ils écoutent les yeux grands ouverts. Aveuglés. D'autre qui ne le sont pas. Ils écoutent simplement, et cela reste captivant.

- La musique du réveil, au matin. Elle est horrible. La musique de bus, ses grincements de frein, ses portes qui s'ouvrent et se referment. Trop absorbé par les vapeurs matinales, personne ne l'écoute. La musique pour patienter, avant chaque concert. Tout le monde s'en fiche. La musique des verres. Elle est enivrante. La musique du soir, dans le duvet ou sous la couette. Elle est apaisante. -


Tout en mouvement, en processus, en surgissement. C'est difficile à suivre, à apprécier. Des tremblements. De longues phrases sans mots ni ponctuations. Des rythmes dansants. Sans sens, mais fourmillant de direction légitime.



La bande son de la vie de Miles. Un souffle d'air dans le vide. Un génie cuivrée. Une caresse. L'esprit en avant, un peu de ruminances, pour l'hommage. Il y a une partie bla-bla improvisé, entre chaque récitation calquée sur l'originale. La tribu Jazz rassemblée. Les fantômes des anciens jazzmen qui viennent hanter le décor. Le vide à travers l'or des trompettes, l’ivoire du piano, la chair de la batterie. 


- Marcus Miller distingue deux choses dans l'éventail du musicien. La technique, et le feeling. Aussi, il est important d’écouter, de s'imprimer sans cesse de motifs, de son venus du monde extérieur, comme il est important de s'isoler, seul avec soi-même, pour mieux s'exprimer dans sa singularité.-



Comme un timbre à la poste, du post pop rock electro. La dépesanteur. Quatre musiciens qui répètent dépesanteur, qui le collent sur l'air ambiant, à l'aide d'artifices, d'effets translucides. Les chansons sont beaucoup trop courtes et digestes, pas le temps de se perdre que déjà la sortie. Seulement un peu de contemplation, de respiration. Vive l’évanouissement.


- Sur les terrasses extérieures, aux abords des scènes, nous sommes toujours surpris par la musique qui s'introduit dans nos oreilles. Ça n'est pas du Jazz, comme pourrait l'indiquer l'intitulé du festival. Ni du rock, ni de la pop. Mais de l'electro techno dub steppe. Incompréhensible catastrophe qui s'abat sur nous, cacophonie contemporaine, qui ne semble pas avoir sa place ici. C'est dommage. Cela nous rappelle que ce lieu est aussi espace de consommation bourgeoise, point de rendez vous pour branchés has-been, ramassis d'ignominie moderne. -



Pour clôturer le tout, un peu de hard rock. Deep purple, eux qui ont su mettre en musique la folie locale. Ils sont vieux mais ils tiennent encore le bon bout. Ce sont les seuls qui sachent faire résonner correctement leurs guitares, dans le grand auditorium principal. Eux qui savent aussi bien mettre le feu qu'en décrire les danses, celle de la flamme, et celle de la fumée. Ça n'a pas encore vieillit. Nul besoin d'être nostalgique ou momifié pour apprécier la chose.


On pourrait se dire, au bout d'un certain moment, d'un certain vécu, que ça n'a plus de sens de parler de musique en terme de groupe, d'artiste, d'auteur, de compositeur. Qu'il faudrait écrire à propos de la musique, sans fioriture aucune. Parler du mouvement, en avant ou en arrière, et des inconnus qui le précèdent et le suivent. Ne plus parler de musique comme l'on parlerait d'une marque de lessive. Ne garder que les mots justes, toutes les combinaison de dorémifasollasi. Ne garder que l'onde vibrante, l’équation qui convient. La réelle musique, la musique du réelle. On pourrait essayer. Ça ressemblerait à de la poésie. Une musique qui saisit parfois le langage, et non l'inverse. C'est une idée. Peut-être pas le meilleure, mais certainement une des plus difficiles. Il faudrait faire une étude. D'ici là, contentons nous de ce que nous avons. Lac, Apéro, et Jazz.

28 janvier 2011

Tympon chez les Empereurs Noirs


 Godspeed You! Black Emperor




Préface

Nous y allons en stop. Parce que pour ce genre d'évènement, le déplacement solidaire, sans peur ni plan castrateur, est le seul qui convienne. L'un vient de loin, l'autre l'attend dans sa ville. Puis les deux y vont ensemble, à l'aube. La route est claire, nous n'avons pas perdu la route. C'est une ville que nous ne connaissons pas. Une grande ville disent-ils, pour ce que ça veux dire. Un vieux port. Un quartier vivant. Un disquaire bien servi. Un café alternatif. Le percussionniste s'assoit à côté de nous. Nous ne le reconnaissons pas, parce qu'il n'y a rien de spécial à reconnaitre. Nous buvons des feuilles et du houblon pour essayer de se remettre en forme. Impossible de dormir, de faire une sieste. Les villes ne sont pas construites pour cela. L'heure avance. C'est la bonne heure, en un mot, le bonheur. Un concert en hommage au Diamant Fou. Ils sont deux, ils auraient voulu être plus, mais ça n'a pas pu se faire. Le projet est un peu bancal dès le départ, il n'ont pas eu le temps de bien apprendre les chansons, d'autant qu'elles sont particulièrement dures à mémoriser. Il était un peu fou, comme compositeur celui là. Une partition est nécessaire, pour servir de souffleur. Seulement le pupitre n'est pas arrivé. Ça tarde à commencer. Le monsieur aux longs cheveux s'excuse milles fois, il est honteux. Mais les chansons sont jolies, en duo acoustique électrique. Les Dominos qui tombent dans les oreilles, pour les échauffer. Emily qui nous apprend à l'observer, à ressentir son aura de jeu. Un Globe Obscur, souvent joué par l'ami du Diamant, nous habitue à être bercé. Alors qu'Arnold gambade, nous prenons la porte, pour remonter la rue et rejoindre la grande salle, l'Espace Édénique.


Prologue



Du monde fume devant. Les portes sont ouvertes alors nous rentrons. Les vigiles sont là pour la farce, ils ne remarquent pas le couteau rouge à croix blanche, ou la flasque métallique. Un panneaux rappelle l'interdiction d'introduire caméra, magnétophone, appareils photos, toutes sortes d'engins moderno has-been. Et les stylos, les stylos sont interdits. Heureusement, ce n'est pas (encore) le cas des yeux oreilles neurones ... L'accès au bar semble compliqué. Il y a eu un problème de fût. Nous nous rabattons sur les toilettes et leurs beaux robinets en verres à eau glaciale. Nous achetons deux galettes sonores, puis confions nos baluchons aux gardiens de baluchons. Nous avançons dans l'espace d'écoute, encore à moitié rempli. Au devant. Près de la ligne de frontières séparant acteurs et spectateurs, mais spectateurs pas si passifs et aliénés que ca. Assis. Les seul assis au milieu de ces statues de Pâques. On voit les pieds, les fesses. C'est drôle. La période d'attente, qui précède un miracle annoncé, possède une saveur que tout autre forme d'inaction ne parvient pas à faire ressentir. Autour de nous, ça s'assoit aussi. Quand on se relève, la salle est pleine. Collés, serrés. Des lustres au plafond, des coussins d'argents pour protéger les voisins. Le Parthénon en plus intime. Le magistral Colin s'avance sur la scène. Il est seul, mais bien équipé. Une armada de cuivres dorés à ses mains, Zéphyr dans les poumons. Premier souffle. Un troupeau de mammouth. Un énorme tremblement de l'espace. Saxo Drone. Des sons jusqu'alors inconnus font vibrer toute la matière environnante. D'un coup, le rythme s'accélère et nous assistons à une véritable avalanche digne des cataclysmes préhistoriques. C'est une célébration de l'âge de cuivre. Il y a aussi des baleines, ou leurs ancêtres de tailles supérieures. Des dahuts, des gnous. Comme l'Éclair de Providence, mais en Jazz. On entend sa respiration, son vortex d'aspiration. Il chante, en même temps qu'il souffle, en même temps qu'il tape, en même temps qu'il nous envoute. Innommable profondeur, rage primaire de monstre antique, parfait pour accompagner Lovecraft. Ou de la dubstep pour les allergiques aux beats insupportables. De l'electro ambiant pour ceux qui ne supporte pas l'électronique. Il est un peu ventriloque aussi. Ou bœuf qui beugle, grenouille géante qui croasse. Comme dans les plus belles fables musicales. Le public est totalement conquis par cette fête tribale. Nous applaudissons. Nous remercions. Nous ne cherchons pas à aller boire, à aller uriner ou prévenir notre grand mère que nous ne  mangerons pas ce soir à la maison. Ça se rapproche. Ça se colle. Voilà, les ampoules s'éteignent, il fait tout noir. Plus de lumière, plus de rêve, plus rien. 


Récit



Une nappe sonore gronde en fond d'oreille. Sur le fond de la pupille, le mot Espoir, écrit à la main, projeté en 16mm, s'agite en blanc. Un à un ils apparaissent, sous nos clameurs et le ronronnement des camarades. 8 sur scène. Habillés pour une bouffe entre amis. Le projectionniste, à l'arrière, comme chef d'orchestre visuel. Moya. Lettres mortes de testaments muets, rues désertes d'utopies abandonnées, rails d'enterrements, incinération de violon, visage inerte. Puis guitare qui traverse l'allée, comme les poussières d'un western. Chaque note semble être séparé par un immense néant. Et pourtant chacune d'elles s'entremêlent, s'additionnent, se reproduisent avec aisance. 10 minutes, c'est si court pour une chanson, pour une vision, une vie. Albanian. Ça se corse. Violent et inoffensif, sans aucune nuisance. Mais violent, plus violent que le cauchemar d'œdipe. Des rives brumeuses défilent, frappées par des éclairs. Des strates qui se superposent au fil de l'éternité pour donner naissance à d'amples montagnes. De plus, cette epopée là n'est pas encore gravée sur galette. C'est un territoire presque inconnu. A un moment il y a comme un retournement, on pénètre à l'intérieur du tsunami diluvien plutôt que de se voir noyé par celui ci. Flottement divin. Trace des des cratères. Monheim. Plage dépeuplée. Grande roue vide et immobile. Lieux de loisirs en faillite. Souvenirs ternes. Solution d'apparence opaque, formé d'un amalgame de mélancolie et de nostalgie, qui sous l'effet d'une lente infusion, se transforme en magnifiques arabesques aériennes. Ou comment à partir de larme on construit un radeau volant. Police du monde et tir ami. Perdus parmi les flammes, les usines, les volutes de fumée. Bataille de cordes, de peaux de tambours. Des torches apparaissent et disparaissent. Des émotions oubliées refont surface. Les cloches du xylophone raisonnent plus fortement encore que le réveil du matin. Toujours, au bout d'un moment, sans que l'on s'en aperçoive, on est mené au loin, à l'intérieur et à l'extérieur de soi. Le monde en feu. Un simple constant, sans doute. Elle rêvait qu'elle était un bulldozer, elle rêvait qu'elle était toute seule sur un terrain vague. Le ciel bleu et ses nuages blancs. L'océan et l'horizon qui lie les deux. D'abord de petites respirations, des balbutiements ridiculement naïfs. Des vagues éphémères destinées à s'effacer. Puis le surgissement de la vie, soudainement, cet instant là résume tout nos sauts de joie en quelques flèches qui se dissipent à la vitesse de la lumière. Une abeille sur une fleur. Une goutte de rosée sur une feuille. Des bruissement d'arbres. Le difficile retour au bonheur, après la folle agitation, réussir à récupérer cette euphorie en toute sérénité. Plusieurs illuminées lèvent leurs poings comme des antennes vers le paradis. Longues images contrastant avec les anciens clignotements. Continuité quantique comme symbole du vivant. Affirmation de l'existence de la lumière par la possibilité de rêver lorsque tout est mort noir obscur, et démonstration de ce cogito par images oniriques projetés sur abîme. Chutes de roquettes sur chutes de roquettes. Une décharge sur le bord de la route. Les camions passent, les ordures restent. Des machines l'agrandissent, le remuent, l'arrose de débris frais. Alors la rage monte. L'envie d'insurrection interne, de réappropriation du réel. Chants de cordes distordus, cordes vocales écartelées sur un manche. C'est recyclé. L'H le recycle, au fil de l'eau, en fait de nouveaux fléaux. Toutes nos consciences en perçoivent le reflet, et ce qui se trouve à l'origine de ce mensonge. Ruines de bâtiments, de civilisations, d'univers. Bien évidement, cela est très bruyant. Le désordre augmente. Il y a cent ans, on aurait pas été capable de créer, de comprendre une telle musique si dissonante et harmonieuse. Il y a cent ans, nous n'en étions pas encore à coloniser les cygnes ou les pélicans. C'est une musique en accord totale avec son temps, avec la croissance inéluctable de l'entropie, avec l'augmentation de la puissance dispersée et disponible. Si elle évoque l'apocalypse, c'est que notre époque elle même en est un prélude fictif. Ce n'est pas une musique qui va chercher autre chose, à la recherche d'une n-ième transcendance soumise au joug de l'imaginaire. Juste ce qu'il y a là, de l'immanent, de la vie rassemblée dans une salle, un soir d'hiver, pour se réchauffer le cœur, les orteils et la pliures des sourcils. Dead Metheny. Des plans de mégalopoles. Le train passe. Il avance à grande vitesse, suivant le chemin tracé par les rails. Des paysages en couleurs se succèdent des deux côtés du cadre oculaire. Nous observons avec envie ses fragments de voyages, de libertés. Ça monte. Incroyablement intense. Sommet trans-everest. Ne sais ne sais ne sais plus. Sommes où nous où sommes nous. Où ? Qui ? Quoi ? Comment ? Pourquoi ? Je me rappelle. Je suis, je suis, ca veut dire quoi je suis ? J'existe, alors c'est ça, j'existe, je sens ressens part reviens souviens et deviens, vis vivais et vivrai, alors c'est ça, la métaphysique omnipotente, la seule et unique vie, la seule et unique chose qui me suit, poursuit assidument, cette abstraction concrète, ce concept bancal qui se prolonge se multiplie se climatise et se bourgeonne. Oh, je sais, j'allais oublier, de la musique, que font-ils ? Qui sont-ils ? Ce ne sont personne, et ils ne font rien. Ni musique, ni musiciens, ni spectateurs. Car ni codes, contraintes, entraves, enclaves, séparations, frontières. Dépassements, débordements, beaumissures. A la fois ensemble et distincts, bruyants et discrets. Nous sommes ondes et particules, youpi youpi tra-la-la. Je voudrais sauter très haut mais je n'en ai pas besoin, je voudrais mourir milles fois mais c'est déjà fait. Mise en commun de nos solitudes exacerbées, de nos désespoirs lancinants, de nos êtres bien plus qu'immortels, afin de déployer une prodigieuse énergie. Si dé si dé si dé mis en orbite lunaire Neptune voie lactée galaxie sidérale sidérée, ça nous a sidéré. BBF3. Il y a une suite, c'est ce qui est bien avec le bonheur, c'est qu'il y a une suite. Souvent elle n'apparait pas, on la devine par une formule tel qu'ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants. Mais là elle est devant nous. Simple et efficace. Une alarme rouge qui crie. Des écrans spécialistes de l'aliénation. Des H qui se révoltent, après s'être épanouit, une fois leurs batteries chargées à blocs. Une procession de notes qui revient, éternel retour, se répète, mais pas pour signifier une absence de renouvellement, mais parce que tout est dit, du Big Bang fondateur à la fin du monde finale, en passant par l'éternité. Nous n'avons plus de jambes, plus de gorges, plus d'organes, de peur ou de rancœur, de regrets et de peine. Dernière vibration, celle d'un cercueil qui se brise. ESPOIR. Nous tapons de nos mandibules carboneuses. Pur réflexe. En réaction à la fin.  
E X T R A O R D I N A I R E A V E N T U R E X T R A O R D I N A I R E.




Epilogue

Une dame tapote son clavier, elle écrit, froid long et chiant, soif mal partout et fatigué, mauvais. Un monsieur raconte à un autre monsieur, derrière c'était beaucoup mieux que devant, devant le son était naze. C'était pas possible d'apprécier quoique ce soit devant. Ils jouaient beaucoup trop fort en plus. Ah bon ? Moi j'ai trouvé qu'ils ne jouaient pas assez fort. Y'avait une fille à côté de moi qui chantait comme une casserole, et la musique ne cachait pas sa voix. Horrible. Putain, moi je suis sorti en pensant que c'était presque fini, et en fait ils ont joué pendant au moins une heure après ! Comment ca se fait qu'ils n'aient pas dit un mot, ils se prennent pour qui ? On fait l'effort de payer un paquet de tune pour les voir, et même pas ils nous disent bonjour. C'est un manque de respect. Trop cool. Je vais aller faire dédicacer mes CDs. Il y a une pochette alternative de leur premier vinyle, je l'avais pas alors j'ai pris. Je n'ai jamais rien vu d'aussi beau. Entendu tu veux dire. Oui oui, c'est ca. Comment tu dis que ça s'appelle déjà ? C'est sympa en tous cas. Spécial quand même. Dommage qu'il n'y ait pas de chanteur. Elle avait les oreilles qui sifflaient. Au début c'est drôle, mais après c'est toujours pareil. Alors les jeunes, c'est quoi que vous êtes allé voir ? C'est quoi ce truc ringard ?! Du post Rock ? Non ? Mais c'est quoi alors ? Vous savez qui sont les rois du punk rock ? Les vrais rois ? Les Clash, ça c'est la classe. Votre truc là, c'est des ramollos du zizi. Vous êtes tous endormis les jeunes. Réveillez vous ! Faut tout faire péter ! De mon temps, on était fou, on hésitait pas ! Vive l'insurrection ! Bon allez, vais me coucher. Bonne nuit les jeunes. Il est bien ton vinyle. Le mien aussi il est bien Par contre, l'affiche et le tee-shirt, bof bof. Une gorg' de 'sky ? Pas si froid que ça. Ils rentrent le matos. Ils commencent à se faire vieux tout de même. Regarde, celui là a des cheveux blancs. Je l'avais pas reconnu, avec Silver Zion, il a une autre dégaine. Ça en fait des caissons d'amplis. J'espère qu'ils vont continuer. Enregistrer un nouvel opus. Oui, ca serait bien. C'est con que mon pote n'ait pas pus venir. Il avait la flemme. Dommage. Bon, on se bouge ? Bon voyage camarade. On va marcher, manger un kebab, marcher encore, trouver un hall d'immeuble pour passer la nuit, et demain matin on s'remet sur le bord de la route, pour arriver avant midi chez mes vieux. Allez. La vie continue.

7 octobre 2010

Fumée sur l'eau #1

 
Nous sommes chez les riches, au bords de l'eau. Le long des quais, des gens patrouillent, se baladent, papotent. On y vend des sandwichs aux magrets de canards, on y récupère des sushis périmés. Il y a une pelouse verte et pentue, il y a deux salles et un grand bar. C'est un lieu où des légendes sont venues uriner, râper du fromage ou s'asseoir dans un coin . Les places sont chères. Pourtant nous sommes là. Parce que pour nous, c'est gratuit. Parce que courir dans les champs de vibrations sonores, entourés de contemporains plus sympathiques les uns que les autres, c'est ce que nous désirons pour nourrir nos têtes. Nous sommes les bénévoles oreillistes. Alors allons-y.

John et Billy



Le vieux clown blanc fait son entrée sur scène. Il nous souhaite la bienvenue chez lui. Merci. Il nous y souhaite un bon séjour. J'espère bien. Puis il annonce. Changement de programme. Parce qu'il y a toujours des imprévus, des miracles inattendus. La rousse était indisposée. Alors Funky Claude a appelé ses deux amis. L'un dormait, l'autre était en excursion dans la région. Maintenant, ils sont là. Et c'est peut être le plus beau moment du festival, et c'est déjà, dès le debut. quelque chose d'inoubliable. John McLaughlin & Billy Cobham. Billy Cobham & John McLaughlin. Et il répète encore et encore les deux noms, comme il aime tant le faire. John McLaughlin & Billy Cobham. Cela fait des siècles qu'ils n'ont pas joué ensembles. Billy Cobham & John McLaughlin. Deux solides gaillards, dont les noms sont gravés sur quelques chefs d'œuvres de bibliothèques sonores. L'un gratte, l'autre tape. L'un fait de la prose, l'autre de la peinture. Ou peut-être est-ce de la sculpture aérienne et de la danse ponctuelle. Un peu tout à la fois. Un gros jam. Quelque chose d'insaisissable. Qui ne réfère à aucune émotion interne connue, à aucun préjugé mille fois rabâché. Qui relève d'une force inconnue, et soulève en nous de nouvelles sensations. Parfois c'est un troupeau de mammouths surfant à Hawaï, parfois c'est un poussin jaune qui fait tourner la terre en agitant ses petites pattes. Ça envoie du lourd et ça glisse de légèreté. Ils sourient, ils sont beaux à voir. Et la fête ne fait que commencer...

Beach House
La barbe à papa c'est bon, mais pas dans les oreilles.

Aire d'autoroute


Quand on était gamins, on aimait bien les bonbons. Plus il y avait de sucre, de gélatine de porc, de substance molle chimique, meilleur c'était. Et on mélangeait ça avec du soda noir pétrole, ou orange acidifié. Et on était pleinement satisfait. Maintenant on est grand. Ces choses sans profondeur n'excitent plus suffisamment notre palais. C'est écœurant. C'est gluant et artificiel. Ça ne dépasse pas les gencives, ça ne plonge ni au cœur ni au sexe, ça n'escalade pas jusqu'à la cervelle. Ça ne nous nourri d'aucune façon. Alors peut-être que c'est nous qui sommes diabétique, mais on ne reste qu'une quinzaine de secondes avant de s'enfuir...

Roxy Truc



C'est quand même bien fait. Du bon jus de fruits multi-vitaminé. On ressent un peu la douceur du piano, l'agressivité de la guitare, la velouté du champ, l'arrière goût des choristes et des leurs jolis déhanchements, l'arôme étrange du synthétiseur. Sans aucun grumeaux, une constante fluidité. Mais du coup, on ne sait pas vraiment ce que l'on boit. Si c'est de la poire anglaise ou des oranges américaines, de la laitue française ou des tomates italiennes. Je n'ai jamais trop aimé ses mélanges homogènes qui donne une saveur ne semblant pas très naturelle, où l'on ne se reconnaît jamais. Mais beaucoup de gens aiment, applaudissent les stars. Alors encore une fois, c'est peut-être moi qui suis trop marqué par les ignobles salades de fruits qu'on nous servait à la cantine...


Le Temps Mort


C'est ce qu'on raconte souvent aux jeunes enfants capitalistes. Les plus grandes multi-nationales sont nées dans des garages. On ne fait jamais mention de la musique multi-nationale. Celle qui s'écoute en beaucoup d'endroit, sur beaucoup d'ondes dans beaucoup de casques. Pourtant celles là aussi, parfois naissent dans un garage. De plus, elle a conservé la poésie de l'huile crasseuse, les paysages multicolores à base de suie noire, la proximité du voisinage, la fébrilité d'un bricolage du dimanche. Et puis, quand c'est plusieurs icônes de ce type d'activité là qui s'y mettent, ça ne peut qu'être bien. Ils sont arrivés légèrement planant sur le parking. Ils arrivent dans le même état sur scène. J'aime entendre les rouages gras qui continuent de tourner malgré leur ancienneté, j'aime aussi les petites proses mélodiques le temps que le moteur chauffe, j'aime encore sentir la puissance des mécaniques ronronnantes. Oui, j'aime ça. Et je ne suis pas le seul.

Charlotte


Elle est jolie, elle est belle. Ça, on le savait déjà. Derrière elle, un groupe tout beau tout propre. Elle pioche, dans le légendaire Robert, ou chez ce cher Serge. D'autres noms actuels s'occupent de composer, de mettre en place, d'arranger. Après elle pose ses doigts gracieux sur son tambourin et cela suffit pour satisfaire le public. Une demie berceuse sensuelle, un aperçu d'hymne rock, des néons multicolores en toile de fond. Garnis d'une couche d'effets électro branchés. Un projet d'un moment. Fidèle à lui même. Mademoiselle a envie de chanter. Elle se débrouille pour le faire correctement, bien entourée, moultement inspirée. De la soupe digestive, assez épicée pour faire vibrouiller les sens.

Trucky


La salle n'est pas bien remplie. Pourtant, c'est un grand black, torse nu, musclé, « stylé ». Du rock en fond, parfois agité, parfois planant. Du phrasé par dessus, quelques bribes entre deux son, parfois lui, parfois elle. Pour ma part, je préfère quand il ne se passe pas grand chose. L'espèce de flottement aérien glissant à terre sur des beats lourds. Malheureusement, ce n'est pas fréquent. Elle chante trop, lui se trémousse. Il invite les gens à monter sur scène. Une cinquantaine de personnes le suive. C'est drôle. Ça s'agite. Bordel musical. Des jeunots secouent leur membres, brassent de l'air. C'est l'hymne à l'As de Pique. Alors ça crache. Lui, il fume sa clope. Tranquille. Il a eu raison de faire cela. Je m'allonge. Le sol vibre à cause des grosses bosses. Ça ne creuse pas bien profond, ça passe seulement le râteau. Détend. Applaudis. Reste jusqu'à la dernière seconde, pour voir. Voilà, c'est fini. Je connais quelqu'un qui l'a fréquenté en profondeur. Apparament, il est sympathique.

Vampire Weekend
On dirait Disney. On dirait Tokyo Motel.

Julian



Monsieur est une rockstar. Veste rouge, lunette de soleil. Un fuck à chaque phrase. Nonchalant, maitre du monde. S'en fout. A du bien manger et bien boire. La dame devant moi cri au scandale. Je le trouve parfaitement chié. Tout en décalé comme il faut. C'est un jeu drôle. Il fait croire qu'il ignore l'ordre des chansons. Puis hurle comme un chat éboueur. Crade. Rock. Maitrise complète de la boue. Avec une bière en bouche, c'est parfait. Il fait des blagues. Avant il faisait partie d'une machine, d'un rouage précis. Maintenant, il peut faire l'électron libre. Il descend se faire tripoter par les groupies. Le secu court derrière avec le fil du micro. Des petits larsens, pour assaisonner le ragout. Un son dégueulasse. C'est fantastique. Deuxième fois qu'il part et revient aussitôt. Fout sa merde, comme l'on peut le faire debout, dans la rue, sans s'essuyer. Merveilleux. Je soutiens totalement la démarche.
 
Billy Fucking Idol



Grosse machine, 4 lettres de prises électriques, violet profond, pierre roulante, pistolets de sexe. Pas dirigeable légendaire, Porte ou Qui. Ça balance du cailloux riche en granit, silice, calcaire. Mine de charbon. Pierre du Rhin, ca brille bien mais ca ne vaut rien. En même temps, c'est drôle. Voir des barbares torses nus, grattant, des bides à bières débauchés jouant de la basse. Ça fait trop, c'est exactement l'effet recherché, la lourdeur décadente. Ici, c'est le berceau dans le quel le Rock and Roll a vomi. Un vieux jeune et con vieillissant d'avoir trouvé la maturité. Abus sexuel d'idole. Badge ou pas, on ne paye pas. I feel alright, do feel alright ?

Gary Moore


Elle m'a dit d'aller siffler là haut sur la colline. Bedaine suante. On ira, où tu voudras quand tu voudras. Ce soir, l'été indien. Par le moindre cheveux sur le crâne. Et on s'ennuiera encore, lorsque la mort sera mort. Je n'ai rien compris. Thème de la contée. Tendre élancement. Chute.

Shantel


L'onaniste précédent m'a rendu impuissant. Je reste à quelques pas de la foule, savoure. Le trombone à coulisse, le violon, les guitares, les tambours. Le voyage, la folie de l'est, la noce à l'ancienne. Je m'approche petit à petit. L'onde continue de monter en moi. Mes orteils frétillent. Ça y est, je suis guéri. Maintenant je nage de sueur, de bousculades. Pieds en l'air, bonds sur le côté. Aucune rétention. Parfois, en musique, il suffit de presque rien pour qu'il se passe quelque chose. Pas de corde torturée, de soliste au gros ventre. Mais il se passe quelque chose, ici, comme tous les soirs. Encore faut-il trouver où, être au bon endroit au bon moment. Un festival amène son lot de choix. Un erreur peut-être fatale. Nous continuons. Nous, le public et les fanfarons. Ensemble on s'assoit, puisque le chef le demande. Ensemble, on tape des mains, des talons .Un tambourin est placé sur le devant de la scène. Lors de chaque refrain, des bouteilles d'eau sont versées sur la peau tendue. Une majestueuse frappe provoque des éclaboussures. Incroyablement esthétique et ô combien rafraichissant. Ils quittent la scène une première fois, mais il n'est pas question que cela s'arrête là. La troupe accolée à l'estrade redouble d'agitation. Nouvelle euphorie. Énorme dégagement d'entropie sonore et corporelle. Maintenant, une bouteille de champagne non alcoolisée nous arrose divinement. Nous sommes ivres. J'aurais juré sentir de l'alcool sur mes lèvres. La dernière danse finie, ils accomplissent un beau salut , alignés devant un public allumé. Me voilà rassuré. Les oreilles remontées à bloc, la chemise trempée, les jambes en potage.

Ben Harper



Nouvelle coupe, nouveau groupe. Plus de tam-tam, de chant gospel. Un tentative de faire du rock épuré, avec quelques accents larmoyants et fermiers. La plupart du temps, il est assis, un morceau de fer autour du doigt. Tritouille, tratouille, tratatatouille tritoutatatouille son instrument. Beaucoup de mots, pour peu de ratatouille, au final. Se refaire une jeunesse. Aucune reprise de ses anciennes compositions, mais un briseur de cœur des légendaires dirigeables. Avec le solo de 5 minutes au milieu. Je ne suis pas capable de juger clairement. Les gens qui ont payé ont l'air heureux. Il va jouer longtemps. Communiant avec son public. En prêchant la bonne parole entre ses chansons, ça au moins, ça n'a pas changé.

Ghinzu


Habillés classe. Lunettes de soleil et chemises. Matériel luisant. Club Show. Tout le monde s'active, tape des mandibules. Decidement, ses concerts gratuits abritent les auditeurs les plus libérés. Alors que leur prestation à la capitale il y a quelques temps ressemblait au musée de cire. Les claviers sont aiguisés. On s'amuse bien.

Une fille fait sa gymnastique méditative sur les bords du lac. En fond, la Face Sombre de la Lune des Flamands Roses. C'est beau ...

Massive patraque

Toute l'après-midi, ils ont déchargé le camion. Afin de transporter la logistique encombrante qui se met en fond de scène, pour servir d'arrière plan. Depuis de nombreuses années, le spectacle fonctionne à merveille. Mais ca ne fonctionne pas sur moi. Ça ne fait que me grattouiller. Le flux métaphysique est sans cesse interrompu par les grosses basses, le coup de marteau répétitif. J'ai l'impression qu'on veut m'imposer un rythme de pulsation cardiaque, qu'on me somme de danser comme ceci, de penser à cette vitesse là, de profiter de l'instant présent mais seulement entre les deux "boum" qui me ramènent inévitablement à une lourde réalité. Je me sens enfermé entre deux beats. Comme si la transcendance était fatigante et que parfois, souvent, même dès que possible, il fallait s'asseoir sur son canapé et se coltiner à des miettes, se satisfaire de lambeaux. Ca ne va pas assez loin. C'est comme une perpétuelle redescente après une fabuleuse aventure, seulement on ne nous l'a pas montré cette aventure. Rien à faire, je n'arrive pas à comprendre. Je ne comprends absolument rien à ce charabia.

Paco


L'air d'un vieux sage qui joue devant son petit village. Ou seul au milieu de la foret. L'air humble. Tout est dans le doigté. Même le danseur applaudit alors que la chansons est en route. A moins que cela ne fasse partie de la danse. Une symphonie mystique. Je m'endort.

 
Mama Africa

Je ne suis pas vieux. Je n'ai pas assez vécu de choses. Je ne suis pas encore repus. J'ai faim, j'ai soif. Alors entendre des chants francophones en africain, célébrant le calme après le buffet de la vie, pour mieux la digerer, ca ne me convient pas. Par contre, les deux guignols qui blaguent en jouant du banjo et du tam-tam,  j'apprecie.

Marley

Toujours la même chose. Un copine doit m'enseigner le reggae, comment l'apprécier. On m'a expliqué que dans ce genre de musique, le rythme est toujours le même, c'est la mélodie qui varie. Alors que pour le rock, c'est bien souvent le contraire. En poésie, en littérature, il y a des variations de rythme, entre les lignes, entre deux respirations. Un élan du début à la fin de la pièce. Je ne retrouve pas cela dans cette musique. Ça m'ennuie. Ça ne fait que m'effleurer. Ce n'est pas parce qu'il y a de la fumée partout, que la substance sonore nous prie de sauter en souriant que j'ai envie de le faire. Je ne sais pas. Ça doit venir de mon groupe sanguin, de ma vision du monde. Comme si l'ouverture musicale complète d'une entité qui marche en avant ne peut se faire sans tourner le dos à un certain paysage. C'est dommage.

KJ


K.J.C

C'est le Jazz. Envol, éclaboussure, évidence. Accès improbable à ce qui est impossible. Nous attendons devant la salle. L'entrée nous est interdite. Mille précautions ont été prises pour restreindre notre liberté. Nous sommes assis sur des poufs. Nous attendons. Petit bruit de cymbale, légère caresse de caisse claire. Prélude à la symphonie. Un enchainement d'instant, de notes, qui se suffisent à elles mêmes, qui n'engagent à rien. Doux frottement, latence. C'est le Jazz. Un éclat soudain et la mélodie nait. De nouveaux accords insoupçonnés font leur apparition Le mouvement prend un sens. Des billets pour un autre monde surgissent, entre les doigt d'une main amicale. Ils sont trois, nous sommes trois, du moins, le troisième arrive en courant. Il a quitté son bureau, sans hésitation, mots d'excuses ou permission. La vie lui pardonne volontiers. Je pousse un rire de grand mégalo en grimpant les escaliers quatre à quatre, pour se diriger vers nos places. Lui aussi, lorsqu'il joue, à moitié debout, à moitié dans les cieux, pousse d'étranges cris. Noir. Trois raies de lumières arrivent sur la scène, éclairent les maitres. C'est le Jazz. De la poésie frappée, grattée, qui valse et nous entraine au loin. Le sourire apparait comme une réaction logique, naturelle. Il reste gravé sur nos visages, du début à la fin. L'immanent et le transcendent se mélangent. Toutes ses émotions, sur lesquelles on ne sait mettre de mots, se glissent dans nos oreilles. Il n'y a pas de logique apparente, de rationalisme singulier et précaire. Totalement libre. Ressemble fortement à la vie. La contient et  en dérive. On se prend à rêver que de telles choses existent, et puis tout à coup elles apparaissent  nos yeux. Sous formes de poèmes rythmés, de solution existentielle. Un abruti fait tomber une bouteille plastique. Tous l'auditorium a envie de l'étriper. On comprend pourquoi l'artiste est si compliqué, exigeant  envers les conditions de son accueil. On les comprend et on s'en fout. Quotidiennement, l'humain subit des milliards de restrictions stupides, encombrantes. Accepte de patienter pour un résultat inutile. Alors s'il s'agit de vibration sonores si puissantes, moi je veux bien patienter, m'habiller en noir, ne pas bouger, ne pas parler, faire ce que finalement on m'oblige à faire très souvent. Pour la bonne cause. Pour ressentir l'essence vital. Le IT. Ils quittent la scène. J'applaudis comme une usine à la pointe de la technologie, comme un ouvrier aliéné. Ils reviennent. Un spectateur crie merci. Il parle au nom de tous. Puis ca nous reprend au corps. Ça dépasse la matérialité. C'est beaucoup trop. C'est fini. Le sourire est toujours là. Dehors, les gens regardent la finale du ballon rond. Cela nous parait si fade, inerte, vide. Un but est marqué. Une équipe de onze lavettes gagnent. Mais pour nous, les champions du monde sont un trio. Le plus beau des trio.

Chick

Une incroyable liberté. Ils font ce qu'il veulent, chacun de leur côté ou tous ensemble. L'un fait un solo pendant que l'autre rigole, puis ils rigolent tous ensemble, puis ils jouent tous ensemble. Le long d'une ligne mélodique imaginaire, en nous incitant à rêver pour la saisir. Et cela fonctionne. Et les sons passent d'un monde à l'autre. Simplement heureux d'être là. Simplement miraculeux qu'en déplaçant de la matière on puisse faire vibrer l'air et produire une vie collective. Un concert qui en contient des milliards d'autres, et qui ouvre autant de perspectives internes externes sexuelles spirituelles et sensuelles.

Buddy

Il a un beau béret, une drôle de chemise. Il descend parmi nous, il remonte sur scène, il redescend, il gratte en homo luthier sapiens, il chante en planteur de coton, il nous parle en ami, nous raconte des blagues par ses geste et ses mots. En un éclair il peut reprendre la belle Voodoo de l'afro chaman star. Avec les dents, avec une baguette. Et encore d'autres invincibles chansons apparaissent sous nos oreilles. Je ne sais pas qui a inventé la guitare, mais ça doit être un proche de sa famille. Sans aucun doute.

Anach Cuan
C'est bien de sauter en criant, dansant et buvant du whisky sur de la musique celte.

Vaness
On attend adossé à la barrière, le temps d'une clope. Elle va surement venir pour signer des autographes à ses fans illuminés. La clope est finie. Une prochaine fois peut-être.

On rentre fatigué, on mange des pâtes, on écoute un cd gagné là-bas, pour s'endormir. Et c'est fini. En pause pendant 12 mois...