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9 mai 2013

Mahjong !


Rovo - Land



Écouter une chanson et se dire, au bout d'une soixantaine de secondes, allez, on s'y remet.

S'il n'y avait pas de musique, il n'y aurait pas de musique.

C'est formidable la place que ça occupe. Tout l'espace change. Tout le rapport qu'on a au monde, bascule.

Vers la troisième minute, les frissons commencent à arriver, par derrière.

Comme un bon petit déjeuner, après une grasse matinée bien méritée. Sucré.

C'est formidable la manière dont ça nous rentre en dedans, nous suit quand on bouge, nous revient quand on oublie.

Ça accélère, ça ralentit, ça plane.

Danser avec un sourire aux lèvres, comme un bon petit yoga après un moment d'égarement.

Ces gens là sont de loin. C'est une autre esthétique. Avec plus de paillettes. Plus de sérénité.

C'est formidable ces grandes nappes tachetées qui éclosent.

Et en plus ça continue, ça continue.

Prendre le temps de milliards de respirations.

Les yeux ouverts, les yeux fermés, les bras en l'air, les bras reposés.

Réussir parfois à suivre l’énergie, et parfois pas ; la laisser alors glisser au dessus.

Ça regorge de fuites et d'horizons entre-aperçus.

C'est formidable comme vers la vingtième minute tout devient clair.

S'étirer gracieusement.

Rien à demander de plus.

C'est formidable.

2 novembre 2010

Contes des Filles de la Ville du Soleil II


Grotto Of Miracles / Midnight Cowboys From Ipanema



C'était en 1986, avec la Grotte aux Miracles, et les Cowboys Nocturnes d'Ipanama. C'était un CD inconnu distribué au hasard par les membres du groupes et une cassette absurde qui a finalement été promue au laser, quinze ans plus tard. Symbole de l'ouverture infinie du trio, le spectacle s'ouvre sur une reprise d'un des hits de la radio de Tanger. Puis on trouve sur un hymne dépressif, très simple, presque vide, mais oh combien puissant, sur un différent type de putain. Et les miracles se succèdent, du jazzy pour lesbienne, du swing pour rois, un  air de muezzin version rock. Toujours cette touche orientale, cet attrait de l'ailleurs, comme on peut aussi le percevoir dans la poésie rimbaldienne, les contes nocturnes, ou les envies de jeunes bourgeois. Il y a aussi un long et obscure monologue, accompagné de quelques accords à la cithare, qui tentent de percer le mystère de la mort. Construction sonore qui apparaitre souvent, tout au long de la discographie. Et qui s'accorde très bien avec la folie ambiante, le mysticisme omniprésent, la quête d'une immanence transcendantale. Quand les cowboys font leur entrée, ce n'est plus du tout la même chose. Chaque galette est différente de la précédente, et il est très difficile de suivre la progression si on se cloisonne à une vision précise. Là, nous avons à faire à trois branquignoles en possession d'un enregistreur cassette, avec plusieurs idées farfelues en têtes. Certaines sont commencées puis abandonnées, d'autre sont jouées jusqu'au bout, de manière plus ou moins stupide. Et entre ce bruit, les trois amis se parlent, dissertent sur des bêtises. Un road song en béquilles. Pour le plaisir de jouer de la musique, pour la beauté des vibrations de l'air, pour les chameaux et les armées de spermes. Et un peu pour nous, quand même.


29 octobre 2010

Contes des Filles de la Ville du Soleil I



Ce sont trois rois mages. Les deux frères Bishop, et le grand Gocher ( paix à son âme ). Ce sont trois personnes désireuses de jouer de la musique, la produire, la faire fonctionner. Il n'est pas question de talent inné, de génie miraculeux. Mais d'un élan créateur. Remplit de liberté, de folie, de néant, de débordement, de nectar d'oreille aussi bien que d'ordure pour tympan. Pendant une trentaine d'années, des chansons naissent, beaucoup de chansons. Elles s'accordent rarement au goût des contemporains, mais elles continuent pourtant leurs propres voies, explorant des contrées inconnues et insoupçonnées, les multiples côtés d'un ruban de Möbius. Nous allons tenter de les rattraper, nous allons repartir du début, refaire pas à pas tout le cheminement qui nous conduira aux plus beaux des paysages, le soleil, la ville du soleil, les filles de la ville du soleil, les SUN CITY GIRLS.











Il était une fois un premier album éponyme, en 1984. La longue aventure commence par un coup de gong. Un certain goût du silence. D'autres gongs. Puis du bruit, des guitares, des batteries. Une naissance agitée. Un riff, qui pourrait être entrainant, habillé de Pop. Mais il est dénudé, lynché, jusqu'à révéler sa valeur brute. Et pourtant, on a bien envie de danser. Des sonorités venues d'ailleurs, un mélange. Un surf rock assorti du discours d'un oncle révolutionnaire. Du rock torturé. Les sons s'entremêlent, nous perdent. On sent bien sur, un certain côté amateur. Comme si nos voisins de palier avaient soudainement découvert de vieux instruments rouillés au fin fond de leur garage et qu'il ne pouvaient s'empêcher d'en jouer inlassablement. Et malgré l'absence de beauté évidente, ils s'en fichent. Ils ont confiance en la musique, en la logique interne des vibrations de l'air. Laissons les notes se débrouiller entre elles. Les gammes, c'est une invention fasciste. 
On y trouve des discours de films d'horreur, des voix terrifiées, des rires, des roulements de tambours, des cris de cordes, des aboiements, un rap déstructuré, des saxophones éphémères, des plaines vides, des aubes, des apocalypses.
Comme une mise au claire. Nous ne sommes pas ici pour faire de la musique comme certains veulent planter des légumes. Nous sommes ici pour que la musique se fasse comme certains légumes poussent. Nous ne sommes pas ici pour la confiture ou les revolvers, nous sommes ici pour les séismes d'oreiller, les éruptions sous cape, pour voir Dieu en érection. Nous sommes ici mais nous ne sommes déjà plus là. Nous sommes ailleurs. Nous sommons, nous multiplions, nous remuons. Quelque chose comme cela. Quelque chose de semblable à la pochette, un homme qui tombe, s'envole, s'écrase, se noie, s'endort, tout en même temps. Quelque chose de fou. Quelque chose de nouveau, qui ne fait que commencer.


24 janvier 2010

Vaisselle du Dimanche



La cheminée est pleine de feu. La table est pleine de vaisselle. Le feu crépite, la chaine hi-fi ruisselle. Regardons ce qui se passe le long du robinet, Along The Quai. Observons le duo franco-américain, synthétiseur et batterie, de The Berg Sans Nipple.


C'est calme, l'évier se remplit doucement d'eau chaude. Les mains se mettent doucement en mouvement, pour faire la même chose qu'hier, les mêmes mouvements que demain. Mais après tout c'est agréable de tremper ses mains dans l'eau chaude. Lointaines sensations de chaleur. Douce voix d'un plongeur d'évier. C'est peut-être ça Berg Sans Nipple, des plongeurs en intérieur du dimanche. Quand l'eau rebondit sur les parois, s'engouffre dans les trous, il y a d'étranges bruits, sortis du fin fond de la mer sonore. Un monde de Ghost en mouvement entre ses deux oreilles. Les petites percussions aiguës rappellent les assiettes s'entrechoquant avec les fourchettes. Une Mystic Song où les petites cuillères tapotent sur les flûtes de champagne. La voix sortit d'un tuba de plongeur, la vue brouillée par les flots. Tous les sons semblent avoir traversé un Aquarium avant d'atteindre nos tympans. Échos entre les parois de l'évier, se répètent, accélèrent ou ralentissent suivant la densité du fluide en présence ( un peu de physique bon sang de bon soir). Petit à petit la pile d'assiettes grandit, on ressent une certaine fierté, un bonheur rassurant de l'acte accompli. Le plongeur ne parle pas tout le temps, de temps en temps il agite simplement les palmes ou se tait complètement. Il n'y a pas beaucoup à frotter les plats à gratin, aucune imperfection tenace. Tout s'envole au contact de l'eau savonneuse. Puis on voit les plaques de gratiné s'agiter dans l'évier. Juste là pour donner un peu de consistances, pour varier les plaisirs. Le titre éponyme constitue à mon humble avis le sommet de l'art du plongeon. Les mains s'agitent dans l'eau, les pieds tournent autour du robinet, de l'eau gicle un peu partout, mais on s'en fout. Magnifique cadence, et alternance entre rinçage à l'eau pur, et décrassage à l'éponge. À force cependant il y a toute une pile de vaisselle propre entassée, un petit bordel de Carnaval. L'eau déborde, s'étend petit à petit sur les environs de l'évier. Il ne reste plus qu'à ranger dans les placards, à s'éloigner du beau plan d'eau. Les mille ustensiles s'entrechoquent une dernière fois, Nonante-Trois fois pour être précis. Le lac de cuisine est vide, les placards sont pleins. Fin de la vaisselle. Mais il y a plein d'autres belles activités à faire en compagnie de The Berg Sans Nipple, comme la visite des greniers poussiéreux De la mort de l'amour, fouiller les caisses de jouets de Play the Immuable Truth . Alors amusez-vous bien...

4 janvier 2010

Messe Satanique


Radikal Satan - Viento Del Este, Agua Como Peste 



Ça commence par un bruit de fond, sur le quai de l'enfer. Un petit banjo timide, gratté par de fébriles mains de squelettes. Contrebasse d'outre-tombe, appelant les puissances infernales.  Tout en douceur, la clarinette, l'accordéon, la boite au rythme, la guitare, s'ajoutent à la horde satanique. Oui, c'est bien de Satan dont il s'agit. Il passe par ici le temps d'un album, le temps d'un tango. Laissant derrière lui d'étranges échos de claviers, de petites voix torturées, après avoir enlevé son masque. Le démon loge à Paris depuis quelques années, sous la forme des deux frères argentins, les biens nommés César et Momo Amarante, accompagnés de leur suite. Ils dansent tranquillement devant nos oreilles, funambule mortuaire. Avance, à l'aide de cris étranges, parfois dissonants parfois malicieusement harmoniques, pour mieux nous séduire. En témoigne l'intermède au milieu de la troisième vague, Se Incedian, où l'on commence à apercevoir les premiers rituels nécromantiques. On assiste aux ébats d'une messe noire, à la vague suivante, Xpress Bontempi Kerosene. Le squelette tape machinalement sur le clavier harmonique, un chœur en fond, et le prêtre peut réaliser ses sacrifices aux dieux de la nuit. Et alors, il n'y a plus grand monde, seulement quelques personnages d'anciennes histoires tristes, ici pour nous hanter. Le piano chaotique, excite la mort et ses partisans. Ils seront là avant midi. Et nous susurrerons de doux mots à l'oreille, une fois dans notre linceul. De tristes statues se prennent la main, et dansent à notre enterrement. Mais la danse est interrompue par une noire apparition, un cortège de cercueils qui défile. Nous sommes entrainés à sa suite, la mort vient seule et repars accompagner. Nous sommes déjà loin de l'ancien monde. À la périphérie de l'enfer. Nos tortionnaires poussent des hurlements de joies. On nous somme d'avancer encore plus loin. Ne reste que des cendres. Les shamans indiens qui trainaient par là s'empressent de les récupérer, et font une dernière danse à leur manière.