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4 août 2014

Sans Chlore ni fioriture



Nous avons tous durant notre enfance eu des expressions éphémères du genre "Han j'tai cassé" ou encore "J'vais t'marave". De générations en générations, elles vont et viennent au gré des modes de l'époque et des influences auxquelles sont exposées nos chères têtes blondes. En l'occurrence, je me souviens qu'aux environs de ma période collège, une expression était particulièrement en vogue : "Roh le fish !", ce qui voulait signifier "Roh le vent !", c'est à dire "Roh comme tu viens de te faire casser !", soit pour ceux qui ne comprendraient toujours pas "Et ben l'ami, tu ferais mieux de fermer ton clapet parce que clairement, ce que tu viens de dire n'a plus lieu d'être considéré comme une parole décente". Qui eût cru que 10 ans plus tard, un album porterait le nom de cette expression fort incongrue.

Et très clairement, je pense qu'il est légitime de parler ici de bonne grosse claque tant la puissance, la maîtrise et la contagion du groove sont impressionnantes. Ce grOOve qui vous fait vous surprendre à tapoter de toutes vos extrémités tentaculaires sur votre bureau alors que vous étiez gentiment en train de lire le journal ; qui vous fait secouer la tête comme un chien à l'arrière d'une deux-chevaux ; qui vous déverse des mètres cubes de fourmis dans les jambes et les bras ainsi que toute autre partie du corps capable de s'agiter.

Un grand merci à la batterie, dont la pertinence des riffs, la justesse rythmique et l'épuration technique sont des modèles du genre.
Une ovation à la basse, dont la symbiose avec la batterie constitue une assise en béton armé aux fondations indéboulonnables.
Coup de chapeau au flûtiste, dont les parties rappellent les meilleurs moments de Jethro Tull, Focus ou plus récemment Wolfmother.
Une salve d'applaudissements pour ces claviers vintages, qui évoquent inévitablement le cultissime groupe des Headhunters.
Enfin, révérences multiples aux divers invités qui viennent placer leur rhyme et accompagner cette délicieuse poiscaille avec un hip hop des meilleurs crus.

Bref, un grand album, pour un très grand groupe, pour de la très très grande musique. Garçon, le dessert attendra : resservez-moi de ce fameux plat.

8 novembre 2012

Aujourd'hui, c'est acoustique

Il existe moult versions du blues. Le delta-blues, le chicago-blues, le blues-rock, le texas-blues, le country-blues, le classic-blues etc etc etc etc etc. Mais parmi tous ces types, il en existe un bien particulier et que j'affectionne tout particulièrement : 
le blues-acoustique.

Celui où l'instrumentation se résume à une simple guitare et parfois un piano ou un harmonica par-ci par-là.
Celui où le musicien ne se cache pas derrière un groupe et nous dévoile son âme.
Celui où la voix du chanteur peut prendre toute son ampleur.
Celui où les mots comptent autant que la musique.
Celui qui nous touche le plus.
Celui-là.

Voici donc une liste non-exhaustive de Bluesmen qui se sont lancés dans l'acoustique pour notre plus grand bonheur. Écartez-vos oreilles, asseyez-vous tranquillement dans votre fauteuil de velours et profitez de ces moments intimistes qui vous sont offerts.

1 août 2011

Jazz in Paris #3 - La revanche



Jamais un batteur n'aura autant attiré l'attention.
(et je ne dis pas ça parce que j'en suis un)

     Par son look déjà. Bien habillé, petit costard avec noeud papillon. Crâne à moitié rasé. Un coté avec des jolis motifs dessinés par la tondeuse. L'autre avec les cheveux rabattus et soigneusement plaqués. Une fine barbe qui parcourt sa mâchoire pour rejoindre sa (fine) moustache.
     Par son attitude. Tirage de langue. Mouvements secs de la tête pour accompagner les coups de baguette. Expressions faciales accompagnant la musique. 
     Par sa technique, même si à ce niveau ce n'est pas ça qui fera réellement la différence. Un jeu extrêmement puissant. Il frappait fort le bougre. On l'entendait bien (trop diront certains). Il a peut-être perdu sa baguette dès le début du concert, mais il n'a jamais perdu le rythme. Il en faisait parfois un poil trop, mais ce n'est certainement pas moi que ça gênera.
     Par son audace. Une chose est sûre : il n'avait pas peur de s'affirmer. C'est lui qui menait la troupe et assurait la structure de la musique (et pas simplement la structure rythmique). Sa façon de jouer et ses riffs extrêmement denses donnait un cachet très particulier aux différentes compositions.

Mais bien évidemment, ce n'est pas parce que je suis en train de louer le talent du batteur qu'il faut oublier les 2 autres membres du groupe (car c'est bel et bien un groupe, avec plusieurs personnes en son sein dont chacune à son importance). Le contrebassiste, et accessoirement "leader" (c'est lui qui parlait entre les chansons), avait des doigts hypnotiques qui parcouraient ces 4 cordes avec frénésie et précision. Le pianiste quant à lui se faisait plus discret mais contribuait fortement à l'ambiance qui se dégageait de chaque chanson. Pas de longues envolées noires et blanches mais surtout des accords bien plaqués et placés.

Bref, un des meilleurs concerts de Jazz qu'il m'ait été donné d'entendre cette année. Phronesis qu'ils s'appelaient. Un nom que je ne suis pas près d'oublier de si tôt (et encore moins avec leur album acheté 2 jours après...).

NB : ce qui est dit dans l'article ne correspond pas forcément à ce que vous entendrez. C'est là qu'est tout la différence entre un concert et un CD (on ne vous le répétera jamais assez).

1 mai 2011

Jazz in Paris #2



On dit souvent que les apparences sont trompeuses, qu'il ne faut pas s'y fier, que l'habit ne fait pas le moine etc. Et bien même dans le Jazz cela s'avère être vrai. Devant nous, 3 musiciens au look très djeun's. Un à la mèche folle, un peu comme un certain gamin de 14 ans que les magnats de la musique s'arrachent. Un autre qui a l'air un poil trop sûr de lui, se forçant parfois à gesticuler sur sa chaise comme pour imiter les plus grands. Bref, à les voir comme ça, il est légitime de se poser quelques questions quant à ce qui va nous parvenir aux oreilles. Mais aussitôt les premières notes jouées, plus rien à redire. Oubliés tous ces préjugés vestimentaires et comportementaux. Seule la musique compte. Et quelle musique ! Du jazz très moderne, très fou, fleurtant parfois avec le free. Le pianiste s'en donne à coeur joie, alternant moments calmes et véritables frénésies auditives. Le batteur sort parfois de son foutoir des bibelots grelottants aux sonorités imprévues. On a l'impression quelques fois qu'ils ont du mal à se trouver mais globalement, l'alchimie entre les 3 fonctionne plutôt pas mal. Après ces 3 sets d'une heure chacun, je ne peux qu'acheter le CD (encore une fois). Ça ne vaudra jamais ce que je viens d'entendre mais que voulez-vous, c'est ça le Jazz...


28 mars 2011

Frix For Free


" Ne dites pas du mal du rire. Il n'y a que les hommes qui rient. Le rire est une chose humaine, une vertu qui n'appartient qu'aux hommes, et que Dieu, peut-être, leur a donné pour les consoler d'être intelligent."

Une marche innocente, un coup d'oeil aux vitrines du marchand de disques, une pochette atypique, un prix alléchant, un petit label indépendant. En regardant attentivement la composition du groupe, on dirait du Jazz.

Il en faut parfois peu pour acheter un disque.

Une fois rentré chez moi, je me précipite vers mon avaleur de CD pour découvrir ce qui se cache derrière ce bel emballage "imprimé à de l'atelier de sérigraphie associatif l'encrage à Caen" (c'est ce qui est marqué mot pour mot...).
Première chanson. 
                           The Show Was Not Good.
                                                             Ça commence par des petites notes de clavier, assez enfantines. Les autres suivent peu à peu. Puis un son électronique sorti d'on ne sait où fait son apparition. Et là on comprend de quoi il s'agit. C'est du jazz certes, mais enrichi de pleins de trucs bizarres, parfois dissonants, mais toujours cohérents avec l'ensemble : des voix directement sorties de radios des années 50 (Acromegalia), des samplers tous plus étranges les uns que les autres (Sex Toy), un petit discours sur le rire joliement intercalé sur la musique (Fripo)... Les deux saxophonistes s'en donnent à coeur joie (les autres aussi remarquez), que ce soit lors de soli parfaitement maîtrisés ou complètement délirants. Bref, une branche du free jazz qu'on avait rarement vu jusque là et qui devrait être explorée plus souvent. On parcourt le CD avec un plaisir toujours plus jouissif, alternant les morceaux plus classiques avec ceux qui font la génialitude  (à groupe fou, mot fou) du groupe.
                                      Sans oublier l' excellente reprise Jazz de "I Want You" !

Alors non je ne regrette pas mes deux euros mais oui je regrette que ce soit si peu cher, car caractéristique des choses abandonnées aux bords des marchands de disques, auxquelles on n'accorde pas d'attention sauf miracle local. M'enfin, tant qu'il est sur Tympon, c'est le principal n'est-ce pas ?


17 janvier 2011

Jazz in Paris #1




Les lumières s'éteignent. Le public se tait. Nous ne sommes pas beaucoup. Assez pour pouvoir dire que le trio qui va jouer a du talent. Pas trop pour pouvoir assurer l'intimité et la proximité propres au Jazz. Le groupe arrive. Le pianiste commence à nous parler, histoire de présenter le groupe. C'est un suisse allemand au nom italien : Rusconi. Il a beaucoup d'humour (en plus de son talent). Et puis c'est parti.
Dès les premières notes, mes poils s'hérissent et mes oreilles crépitent. Un piano, une contrebasse, une batterie et surtout de l'électronique disséminé par-ci par-là. Tels sont les ingrédients pour un jazz psychédélique encore jamais entendu à ce jour (si ce n'est peut-être avec E.S.T.). Le contrebassiste semble en transe permanente, suant comme un damné et pinçant frénétiquement ses cordes sur sa grande arche en bois. Le batteur nous pond des rythmes mêlant rock et jazz. Ses solos font l'unanimité dans la salle. De la puissance, de l'énergie, ça sonne, ça claque, ça ne s'arrête jamais. Les cymbales résonnent, vibrent. Grandiose. Le pianiste aussi est fou. Il nous fait hurler le temps d'un morceau. Il place des petites cuillères en plastique (quand ce n'est pas des pinces à linge) entre les cordes. Le son devient métallisé, robotique. Tout simplement génial. Tout cela mis ensemble donne lieu à un concert unique en son genre. On se laisse guider par leurs folles sonorités sans aucun problème. C'est limpide, lisse, fluide. 
A la fin, tout le monde transpire. Eux de sueur, nous d'exaltation. On le sent dans la pluie d'applaudissements qui clôture le concert. Je suis tellement emballé que j'achète leur CD sans me poser de question. Je sais que ce qu'il y a sur ce petit bout de plastique n'est absolument rien comparé à ce qu'ils font en live, mais c'est déjà ça.

27 décembre 2010

Christmas Blues

Noël est passé. Ces 364 jours d'attente se voient renouvellés en quelques minutes seulement. Mais des minutes de pur plaisir, où on déballe ses cadeaux avec la même fougue qu'il y a 10 ans. Seul le contenu change : des CDs, des CDs et encore des CDs. Tous de blues ou de jazz. Exactement ce que j'avais demandé. Et puisque Noël est aussi un grand moment de partage, voici quelques morceaux choisis parmi la multitude d'artistes qui se sont invités dans mon PC. Que ce soit le déchirant Cry For Mother Africa d'Harrison Kennedy, le minimaliste mais efficace Going Back To Memphis du duo David Maxwell & Louisiana Red, le psychédélique Booty Bumpin' d'Eddie Turner, l'éternel et increvable Eric Clapton avec son Run Back To Your Side, le très bon harmoniciste Charlie Musselwhite et son Rambler's Blues, la très bonne surprise Part Time Love de Magic Slim & The Teardrops ou encore les classiques et légendaires Muddy Waters, Champion Jack Dupree, Robert Johnson, Sonny Boy Williamson, Memphis Slim, Lightin' Hopkins, Willie Dixon, Tympon vous souhaite un JOYEUX NOËL et surtout une bonne écoute.





7 octobre 2010

Fumée sur l'eau #1

 
Nous sommes chez les riches, au bords de l'eau. Le long des quais, des gens patrouillent, se baladent, papotent. On y vend des sandwichs aux magrets de canards, on y récupère des sushis périmés. Il y a une pelouse verte et pentue, il y a deux salles et un grand bar. C'est un lieu où des légendes sont venues uriner, râper du fromage ou s'asseoir dans un coin . Les places sont chères. Pourtant nous sommes là. Parce que pour nous, c'est gratuit. Parce que courir dans les champs de vibrations sonores, entourés de contemporains plus sympathiques les uns que les autres, c'est ce que nous désirons pour nourrir nos têtes. Nous sommes les bénévoles oreillistes. Alors allons-y.

John et Billy



Le vieux clown blanc fait son entrée sur scène. Il nous souhaite la bienvenue chez lui. Merci. Il nous y souhaite un bon séjour. J'espère bien. Puis il annonce. Changement de programme. Parce qu'il y a toujours des imprévus, des miracles inattendus. La rousse était indisposée. Alors Funky Claude a appelé ses deux amis. L'un dormait, l'autre était en excursion dans la région. Maintenant, ils sont là. Et c'est peut être le plus beau moment du festival, et c'est déjà, dès le debut. quelque chose d'inoubliable. John McLaughlin & Billy Cobham. Billy Cobham & John McLaughlin. Et il répète encore et encore les deux noms, comme il aime tant le faire. John McLaughlin & Billy Cobham. Cela fait des siècles qu'ils n'ont pas joué ensembles. Billy Cobham & John McLaughlin. Deux solides gaillards, dont les noms sont gravés sur quelques chefs d'œuvres de bibliothèques sonores. L'un gratte, l'autre tape. L'un fait de la prose, l'autre de la peinture. Ou peut-être est-ce de la sculpture aérienne et de la danse ponctuelle. Un peu tout à la fois. Un gros jam. Quelque chose d'insaisissable. Qui ne réfère à aucune émotion interne connue, à aucun préjugé mille fois rabâché. Qui relève d'une force inconnue, et soulève en nous de nouvelles sensations. Parfois c'est un troupeau de mammouths surfant à Hawaï, parfois c'est un poussin jaune qui fait tourner la terre en agitant ses petites pattes. Ça envoie du lourd et ça glisse de légèreté. Ils sourient, ils sont beaux à voir. Et la fête ne fait que commencer...

Beach House
La barbe à papa c'est bon, mais pas dans les oreilles.

Aire d'autoroute


Quand on était gamins, on aimait bien les bonbons. Plus il y avait de sucre, de gélatine de porc, de substance molle chimique, meilleur c'était. Et on mélangeait ça avec du soda noir pétrole, ou orange acidifié. Et on était pleinement satisfait. Maintenant on est grand. Ces choses sans profondeur n'excitent plus suffisamment notre palais. C'est écœurant. C'est gluant et artificiel. Ça ne dépasse pas les gencives, ça ne plonge ni au cœur ni au sexe, ça n'escalade pas jusqu'à la cervelle. Ça ne nous nourri d'aucune façon. Alors peut-être que c'est nous qui sommes diabétique, mais on ne reste qu'une quinzaine de secondes avant de s'enfuir...

Roxy Truc



C'est quand même bien fait. Du bon jus de fruits multi-vitaminé. On ressent un peu la douceur du piano, l'agressivité de la guitare, la velouté du champ, l'arrière goût des choristes et des leurs jolis déhanchements, l'arôme étrange du synthétiseur. Sans aucun grumeaux, une constante fluidité. Mais du coup, on ne sait pas vraiment ce que l'on boit. Si c'est de la poire anglaise ou des oranges américaines, de la laitue française ou des tomates italiennes. Je n'ai jamais trop aimé ses mélanges homogènes qui donne une saveur ne semblant pas très naturelle, où l'on ne se reconnaît jamais. Mais beaucoup de gens aiment, applaudissent les stars. Alors encore une fois, c'est peut-être moi qui suis trop marqué par les ignobles salades de fruits qu'on nous servait à la cantine...


Le Temps Mort


C'est ce qu'on raconte souvent aux jeunes enfants capitalistes. Les plus grandes multi-nationales sont nées dans des garages. On ne fait jamais mention de la musique multi-nationale. Celle qui s'écoute en beaucoup d'endroit, sur beaucoup d'ondes dans beaucoup de casques. Pourtant celles là aussi, parfois naissent dans un garage. De plus, elle a conservé la poésie de l'huile crasseuse, les paysages multicolores à base de suie noire, la proximité du voisinage, la fébrilité d'un bricolage du dimanche. Et puis, quand c'est plusieurs icônes de ce type d'activité là qui s'y mettent, ça ne peut qu'être bien. Ils sont arrivés légèrement planant sur le parking. Ils arrivent dans le même état sur scène. J'aime entendre les rouages gras qui continuent de tourner malgré leur ancienneté, j'aime aussi les petites proses mélodiques le temps que le moteur chauffe, j'aime encore sentir la puissance des mécaniques ronronnantes. Oui, j'aime ça. Et je ne suis pas le seul.

Charlotte


Elle est jolie, elle est belle. Ça, on le savait déjà. Derrière elle, un groupe tout beau tout propre. Elle pioche, dans le légendaire Robert, ou chez ce cher Serge. D'autres noms actuels s'occupent de composer, de mettre en place, d'arranger. Après elle pose ses doigts gracieux sur son tambourin et cela suffit pour satisfaire le public. Une demie berceuse sensuelle, un aperçu d'hymne rock, des néons multicolores en toile de fond. Garnis d'une couche d'effets électro branchés. Un projet d'un moment. Fidèle à lui même. Mademoiselle a envie de chanter. Elle se débrouille pour le faire correctement, bien entourée, moultement inspirée. De la soupe digestive, assez épicée pour faire vibrouiller les sens.

Trucky


La salle n'est pas bien remplie. Pourtant, c'est un grand black, torse nu, musclé, « stylé ». Du rock en fond, parfois agité, parfois planant. Du phrasé par dessus, quelques bribes entre deux son, parfois lui, parfois elle. Pour ma part, je préfère quand il ne se passe pas grand chose. L'espèce de flottement aérien glissant à terre sur des beats lourds. Malheureusement, ce n'est pas fréquent. Elle chante trop, lui se trémousse. Il invite les gens à monter sur scène. Une cinquantaine de personnes le suive. C'est drôle. Ça s'agite. Bordel musical. Des jeunots secouent leur membres, brassent de l'air. C'est l'hymne à l'As de Pique. Alors ça crache. Lui, il fume sa clope. Tranquille. Il a eu raison de faire cela. Je m'allonge. Le sol vibre à cause des grosses bosses. Ça ne creuse pas bien profond, ça passe seulement le râteau. Détend. Applaudis. Reste jusqu'à la dernière seconde, pour voir. Voilà, c'est fini. Je connais quelqu'un qui l'a fréquenté en profondeur. Apparament, il est sympathique.

Vampire Weekend
On dirait Disney. On dirait Tokyo Motel.

Julian



Monsieur est une rockstar. Veste rouge, lunette de soleil. Un fuck à chaque phrase. Nonchalant, maitre du monde. S'en fout. A du bien manger et bien boire. La dame devant moi cri au scandale. Je le trouve parfaitement chié. Tout en décalé comme il faut. C'est un jeu drôle. Il fait croire qu'il ignore l'ordre des chansons. Puis hurle comme un chat éboueur. Crade. Rock. Maitrise complète de la boue. Avec une bière en bouche, c'est parfait. Il fait des blagues. Avant il faisait partie d'une machine, d'un rouage précis. Maintenant, il peut faire l'électron libre. Il descend se faire tripoter par les groupies. Le secu court derrière avec le fil du micro. Des petits larsens, pour assaisonner le ragout. Un son dégueulasse. C'est fantastique. Deuxième fois qu'il part et revient aussitôt. Fout sa merde, comme l'on peut le faire debout, dans la rue, sans s'essuyer. Merveilleux. Je soutiens totalement la démarche.
 
Billy Fucking Idol



Grosse machine, 4 lettres de prises électriques, violet profond, pierre roulante, pistolets de sexe. Pas dirigeable légendaire, Porte ou Qui. Ça balance du cailloux riche en granit, silice, calcaire. Mine de charbon. Pierre du Rhin, ca brille bien mais ca ne vaut rien. En même temps, c'est drôle. Voir des barbares torses nus, grattant, des bides à bières débauchés jouant de la basse. Ça fait trop, c'est exactement l'effet recherché, la lourdeur décadente. Ici, c'est le berceau dans le quel le Rock and Roll a vomi. Un vieux jeune et con vieillissant d'avoir trouvé la maturité. Abus sexuel d'idole. Badge ou pas, on ne paye pas. I feel alright, do feel alright ?

Gary Moore


Elle m'a dit d'aller siffler là haut sur la colline. Bedaine suante. On ira, où tu voudras quand tu voudras. Ce soir, l'été indien. Par le moindre cheveux sur le crâne. Et on s'ennuiera encore, lorsque la mort sera mort. Je n'ai rien compris. Thème de la contée. Tendre élancement. Chute.

Shantel


L'onaniste précédent m'a rendu impuissant. Je reste à quelques pas de la foule, savoure. Le trombone à coulisse, le violon, les guitares, les tambours. Le voyage, la folie de l'est, la noce à l'ancienne. Je m'approche petit à petit. L'onde continue de monter en moi. Mes orteils frétillent. Ça y est, je suis guéri. Maintenant je nage de sueur, de bousculades. Pieds en l'air, bonds sur le côté. Aucune rétention. Parfois, en musique, il suffit de presque rien pour qu'il se passe quelque chose. Pas de corde torturée, de soliste au gros ventre. Mais il se passe quelque chose, ici, comme tous les soirs. Encore faut-il trouver où, être au bon endroit au bon moment. Un festival amène son lot de choix. Un erreur peut-être fatale. Nous continuons. Nous, le public et les fanfarons. Ensemble on s'assoit, puisque le chef le demande. Ensemble, on tape des mains, des talons .Un tambourin est placé sur le devant de la scène. Lors de chaque refrain, des bouteilles d'eau sont versées sur la peau tendue. Une majestueuse frappe provoque des éclaboussures. Incroyablement esthétique et ô combien rafraichissant. Ils quittent la scène une première fois, mais il n'est pas question que cela s'arrête là. La troupe accolée à l'estrade redouble d'agitation. Nouvelle euphorie. Énorme dégagement d'entropie sonore et corporelle. Maintenant, une bouteille de champagne non alcoolisée nous arrose divinement. Nous sommes ivres. J'aurais juré sentir de l'alcool sur mes lèvres. La dernière danse finie, ils accomplissent un beau salut , alignés devant un public allumé. Me voilà rassuré. Les oreilles remontées à bloc, la chemise trempée, les jambes en potage.

Ben Harper



Nouvelle coupe, nouveau groupe. Plus de tam-tam, de chant gospel. Un tentative de faire du rock épuré, avec quelques accents larmoyants et fermiers. La plupart du temps, il est assis, un morceau de fer autour du doigt. Tritouille, tratouille, tratatatouille tritoutatatouille son instrument. Beaucoup de mots, pour peu de ratatouille, au final. Se refaire une jeunesse. Aucune reprise de ses anciennes compositions, mais un briseur de cœur des légendaires dirigeables. Avec le solo de 5 minutes au milieu. Je ne suis pas capable de juger clairement. Les gens qui ont payé ont l'air heureux. Il va jouer longtemps. Communiant avec son public. En prêchant la bonne parole entre ses chansons, ça au moins, ça n'a pas changé.

Ghinzu


Habillés classe. Lunettes de soleil et chemises. Matériel luisant. Club Show. Tout le monde s'active, tape des mandibules. Decidement, ses concerts gratuits abritent les auditeurs les plus libérés. Alors que leur prestation à la capitale il y a quelques temps ressemblait au musée de cire. Les claviers sont aiguisés. On s'amuse bien.

Une fille fait sa gymnastique méditative sur les bords du lac. En fond, la Face Sombre de la Lune des Flamands Roses. C'est beau ...

Massive patraque

Toute l'après-midi, ils ont déchargé le camion. Afin de transporter la logistique encombrante qui se met en fond de scène, pour servir d'arrière plan. Depuis de nombreuses années, le spectacle fonctionne à merveille. Mais ca ne fonctionne pas sur moi. Ça ne fait que me grattouiller. Le flux métaphysique est sans cesse interrompu par les grosses basses, le coup de marteau répétitif. J'ai l'impression qu'on veut m'imposer un rythme de pulsation cardiaque, qu'on me somme de danser comme ceci, de penser à cette vitesse là, de profiter de l'instant présent mais seulement entre les deux "boum" qui me ramènent inévitablement à une lourde réalité. Je me sens enfermé entre deux beats. Comme si la transcendance était fatigante et que parfois, souvent, même dès que possible, il fallait s'asseoir sur son canapé et se coltiner à des miettes, se satisfaire de lambeaux. Ca ne va pas assez loin. C'est comme une perpétuelle redescente après une fabuleuse aventure, seulement on ne nous l'a pas montré cette aventure. Rien à faire, je n'arrive pas à comprendre. Je ne comprends absolument rien à ce charabia.

Paco


L'air d'un vieux sage qui joue devant son petit village. Ou seul au milieu de la foret. L'air humble. Tout est dans le doigté. Même le danseur applaudit alors que la chansons est en route. A moins que cela ne fasse partie de la danse. Une symphonie mystique. Je m'endort.

 
Mama Africa

Je ne suis pas vieux. Je n'ai pas assez vécu de choses. Je ne suis pas encore repus. J'ai faim, j'ai soif. Alors entendre des chants francophones en africain, célébrant le calme après le buffet de la vie, pour mieux la digerer, ca ne me convient pas. Par contre, les deux guignols qui blaguent en jouant du banjo et du tam-tam,  j'apprecie.

Marley

Toujours la même chose. Un copine doit m'enseigner le reggae, comment l'apprécier. On m'a expliqué que dans ce genre de musique, le rythme est toujours le même, c'est la mélodie qui varie. Alors que pour le rock, c'est bien souvent le contraire. En poésie, en littérature, il y a des variations de rythme, entre les lignes, entre deux respirations. Un élan du début à la fin de la pièce. Je ne retrouve pas cela dans cette musique. Ça m'ennuie. Ça ne fait que m'effleurer. Ce n'est pas parce qu'il y a de la fumée partout, que la substance sonore nous prie de sauter en souriant que j'ai envie de le faire. Je ne sais pas. Ça doit venir de mon groupe sanguin, de ma vision du monde. Comme si l'ouverture musicale complète d'une entité qui marche en avant ne peut se faire sans tourner le dos à un certain paysage. C'est dommage.

KJ


K.J.C

C'est le Jazz. Envol, éclaboussure, évidence. Accès improbable à ce qui est impossible. Nous attendons devant la salle. L'entrée nous est interdite. Mille précautions ont été prises pour restreindre notre liberté. Nous sommes assis sur des poufs. Nous attendons. Petit bruit de cymbale, légère caresse de caisse claire. Prélude à la symphonie. Un enchainement d'instant, de notes, qui se suffisent à elles mêmes, qui n'engagent à rien. Doux frottement, latence. C'est le Jazz. Un éclat soudain et la mélodie nait. De nouveaux accords insoupçonnés font leur apparition Le mouvement prend un sens. Des billets pour un autre monde surgissent, entre les doigt d'une main amicale. Ils sont trois, nous sommes trois, du moins, le troisième arrive en courant. Il a quitté son bureau, sans hésitation, mots d'excuses ou permission. La vie lui pardonne volontiers. Je pousse un rire de grand mégalo en grimpant les escaliers quatre à quatre, pour se diriger vers nos places. Lui aussi, lorsqu'il joue, à moitié debout, à moitié dans les cieux, pousse d'étranges cris. Noir. Trois raies de lumières arrivent sur la scène, éclairent les maitres. C'est le Jazz. De la poésie frappée, grattée, qui valse et nous entraine au loin. Le sourire apparait comme une réaction logique, naturelle. Il reste gravé sur nos visages, du début à la fin. L'immanent et le transcendent se mélangent. Toutes ses émotions, sur lesquelles on ne sait mettre de mots, se glissent dans nos oreilles. Il n'y a pas de logique apparente, de rationalisme singulier et précaire. Totalement libre. Ressemble fortement à la vie. La contient et  en dérive. On se prend à rêver que de telles choses existent, et puis tout à coup elles apparaissent  nos yeux. Sous formes de poèmes rythmés, de solution existentielle. Un abruti fait tomber une bouteille plastique. Tous l'auditorium a envie de l'étriper. On comprend pourquoi l'artiste est si compliqué, exigeant  envers les conditions de son accueil. On les comprend et on s'en fout. Quotidiennement, l'humain subit des milliards de restrictions stupides, encombrantes. Accepte de patienter pour un résultat inutile. Alors s'il s'agit de vibration sonores si puissantes, moi je veux bien patienter, m'habiller en noir, ne pas bouger, ne pas parler, faire ce que finalement on m'oblige à faire très souvent. Pour la bonne cause. Pour ressentir l'essence vital. Le IT. Ils quittent la scène. J'applaudis comme une usine à la pointe de la technologie, comme un ouvrier aliéné. Ils reviennent. Un spectateur crie merci. Il parle au nom de tous. Puis ca nous reprend au corps. Ça dépasse la matérialité. C'est beaucoup trop. C'est fini. Le sourire est toujours là. Dehors, les gens regardent la finale du ballon rond. Cela nous parait si fade, inerte, vide. Un but est marqué. Une équipe de onze lavettes gagnent. Mais pour nous, les champions du monde sont un trio. Le plus beau des trio.

Chick

Une incroyable liberté. Ils font ce qu'il veulent, chacun de leur côté ou tous ensemble. L'un fait un solo pendant que l'autre rigole, puis ils rigolent tous ensemble, puis ils jouent tous ensemble. Le long d'une ligne mélodique imaginaire, en nous incitant à rêver pour la saisir. Et cela fonctionne. Et les sons passent d'un monde à l'autre. Simplement heureux d'être là. Simplement miraculeux qu'en déplaçant de la matière on puisse faire vibrer l'air et produire une vie collective. Un concert qui en contient des milliards d'autres, et qui ouvre autant de perspectives internes externes sexuelles spirituelles et sensuelles.

Buddy

Il a un beau béret, une drôle de chemise. Il descend parmi nous, il remonte sur scène, il redescend, il gratte en homo luthier sapiens, il chante en planteur de coton, il nous parle en ami, nous raconte des blagues par ses geste et ses mots. En un éclair il peut reprendre la belle Voodoo de l'afro chaman star. Avec les dents, avec une baguette. Et encore d'autres invincibles chansons apparaissent sous nos oreilles. Je ne sais pas qui a inventé la guitare, mais ça doit être un proche de sa famille. Sans aucun doute.

Anach Cuan
C'est bien de sauter en criant, dansant et buvant du whisky sur de la musique celte.

Vaness
On attend adossé à la barrière, le temps d'une clope. Elle va surement venir pour signer des autographes à ses fans illuminés. La clope est finie. Une prochaine fois peut-être.

On rentre fatigué, on mange des pâtes, on écoute un cd gagné là-bas, pour s'endormir. Et c'est fini. En pause pendant 12 mois...


22 mai 2010

Parce que le Jazz...

Parce que le Jazz c'est pas réservé aux vieux.
       Parce que le Jazz c'est accessible à tous.
                                                                     Parce que le Jazz est un style comme un autre.
                                     Parce que le Jazz c'est bien plus que quatre lettres.
                       Parce que le Jazz c'est pas que pour l'"élite".
                                                       Parce que le Jazz c'est l'alliance parfaite de la maîtrise et du n'importe quoi.
                                            Parce que le Jazz ça fait aussi bien danser que rêver.
   Parce que le Jazz est à la musique ce que la démocratie est aux sociétés.
                                                      Parce que le Jazz, c'est de l'improvisation et donc du vrai.
              Parce que le Jazz est une orgie musicale géante.
                                                                                        Parce que le Jazz ça fait vibrer.
               Parce que le Jazz c'est l'union parfaite des musiciens.
                                                       Parce que le Jazz c'est l'occasion de mettre en valeur chaque interprète.
                                  Parce que le Jazz c'est le seul moyen aux batteurs de vraiment exister.
                    Parce que le Jazz c'est avant tout un état d'esprit.
                                                                                 Parce que le Jazz c'est un pour tous et tous pour un.

Parce que le Jazz c'est Miles Davis, Erroll Garner, Avishai Cohen, Art Blakey, Julien Brunetaud, Duke Ellington, Dave Brubeck, Louis Armstrong, Oscar Peterson, Thelonious Monk, McCoy Tyner, Buddy Rich, Wayne Shorter, John Scofield et tellement d'autres...

Parce que j'en ai marre d'être le seul à écouter du Jazz !!

27 mars 2010

Bienvenue chez les Fous Electriques...


  
"-Vous reconnaissez-vous dans le jazz ?
-Seulement dans la première et la dernière lettre."
John Zorn 



 J'avoue que je ne sais pas trop par où commencer. Ni comment continuer et encore moins comment finir. Je suis là, devant mon clavier. Ma tête est remplie de sons en tout genre. Sincèrement, je suis complètement bloqué. La seule chose dont je suis certain, c'est que ce CD porte admirablement bien son nom. At the Mountains of Madness... At the Mountains... Les montagnes de la folie. On monte. On descend. Of Madness... On passe par tout un tas... Mountains of Madness... d'émotions. Dés les premières secondes, on est embarqué dans cette folle randonnée. Sans même que l'on nous demande notre avis. Ça explose de tous les cotés. Notre sens auditif est rudement mis à l'épreuve. Il a du mal à suivre et à comprendre ce qui se passe. Puis ça retombe. Ça se calme. Une sorte de pause. Tout le monde reprend son souffle. Et c'est reparti ! On est confronté à la fois à l'insupportable (Zorn qui fait mumuse avec son saxo) et au bizarre, à l'étrange (on entend des bruits qui paraissent juste irréalisables en live) tout en passant par l'extase auditive (à la fois due à la qualité musicale mais aussi au fait que les passages insupportables prennent fin). Plus qu'un CD, c'est une véritable expérience musicale assez hors du commun. On aime, on aime pas, la question n'est absolument pas là. Moi même suis incapable d'y répondre. Et je n'en ai pas envie. Je suis encore en train de découvrir de CD, de saisir toutes les subtilités qu'il propose. Et je suis très loin d'avoir fini.

NB : Si vous avez l'impression qu'il y a plusieurs fois les même musiques, c'est normal. Les noms sont peut être les mêmes, mais le contenu est radicalement différent. Bienvenue chez les Fous...

13 mars 2010

Le blouze, tabernacle ! Le blouze !

Le voilà le premier article de blues. Et ça commence donc avec un petit groupe canadien nommé Tas Cru. Leur album Grizzle n'Bone m'est arrivé dans les mains un peu par hasard, au détour d'une liste d'autres CDs. Mais leur pochette m'a beaucoup amusée et je me suis dit que je ne craignais rien si je tentais ma chance.
Et en effet, dès la première chanson éponyme, j'étais conquis. Ça bouge. Et ça bouge bien : une batterie bien assurée, un piano un peu timide mais bien bluesy, une guitare bien sympathique et un chant bien canadien. Impossible de rester assis sur son fauteuil (ou tout autre objet destiné à recevoir une paire de fesses). Immédiatement on se lève et on danse. La deuxième, One Eyed Jack, est un peu plus lente mais bien maîtrisée également. Un clavier qui maintient bien le tout et l'apparition de cœurs qui sont les bienvenus. Les enchaînements clavier/guitare sont assez agréables et la voix est toujours aussi...canadienne (ça n'est absolument pas péjoratif mais vraiment, je ne trouve pas d'autres qualificatifs...). Vient ensuite la meilleure de l'album, Money Talks, qui est un très bon rock-boogie-blues. Les arrêts/reprises des instruments sont vraiment très bons et le passage en 4/4 (les instruments se relaient en soli) est assez jouissif, bien que trop court et trop timide. (On notera que les paroles du dernier couplet sont assez drôles). S'ensuivent Come To Testify et All Good, deux blues acoustiques. Le premier est simplement dirigé par le monsieur à la voix canadienne et les claquements de mains de ses camarades tandis que le deuxième comporte un piano et une guitare acoustique et met assez bien dans une ambiance un peu à la piano bar. Je terminerai par Prophet Of Lynchburg, qui est un très beau folk-blues, avec en accompagnement des violons. La mélodie du refrain est vraiment jolie et prenante.
Au final, on tient ici un très bon album de blues (bravo les canadiens !) même si on reste un peu sur sa faim. On aurait aimé plus de folie dans les soli, moins de retenue sur l'album en général mais finalement, on passe un très bon moment.

1 février 2010

O'o...Quand les oiseaux chantent...o'O

La force des grands artistes, c'est non seulement de produire un album irréprochable (ou presque) mais aussi de soigner la pochette. Et de ce point de vue, celle de O'o se place très facilement dans les plus belles qu'il m'ait été de voir. De somptueux dessins d'oiseaux, d'une précision diabolique et d'une rare poésie. Même le livret intérieur est sublime. Quarante pages, avec chacune un oiseau magnifiquement crayonné. Sobre, simple, efficace, magnifique.
En ce qui concerne la musique, je vais vous avouer franchement que c'est une des plus grosses claques que je me suis prise depuis pas mal de temps. Ce ne sera pas le cas pour ceux qui connaissent John Zorn (du moins avec cette formation) mais pour moi, novice et initié, ça a réellement été un choc. Je ne vous parlerai pas de l'album en entier (ça serait trop long). Je ne vous décrirai pas chaque chanson avec trop de mots techniques (ça serait trop difficile). Je me contenterai de raconter l'album.
Car il s'agit bel et bien d'un voyage plus qu'un CD. Ça commence avec du jazz tout simple mais terriblement efficace : un piano qui groove, une guitare magnifiquement bien en place et surtout, la clef de cette album, un vibraphone. Car c'est lui la grande force de ce CD : un son extrêmement planant et une richesse mélodique incomparable. Le voyage commence donc tranquillement, la radio du bus allumée, l'ambiance sympa, décontractée. Et puis là, le bus s'arrête. On est arrivé. Des centaines d'oiseaux commencent à virevolter. On perçoit leurs sifflements, et on entend au loin de magnifiques plaintes inconnues. Elles sont certes répétitives (plus d'envolées auraient été les bienvenues) mais néanmoins hypnotiques. Le tout se déroulant près d'une rivière dont même le simple écoulement de l'eau se révèle envoûtant. Une fois ce spectacle terminé, arrive le moment le plus prenant, le plus bouleversant : Little Bittern. On a du mal à croire ce que l'on entend. Une sorte de bourdonnement mélodique incessant, devenant de plus en plus riche et de plus en plus sublime. On est à la limite du malsain, au bord de l'émotion, à la frontière des larmes, juste là où ça titille le cœur. La guitare et le clavier se joignent parfaitement pour former un tout d'une extraordinaire beauté. Au bout de 6:29 minutes, c'est terminé. On en revient pas. On se dit que c'est pas possible, que tout cela n'était qu'un rêve. Mais non, c'est bel et bien sur ce petit bout de plastique que ça s'est passé. Après avoir mit pause, histoire de se remettre de ce choc émotionnel, on poursuit. Then comes a Laughing Owl. Toute la splendeur du vibraphone est ici exploitée : un chant magnifique, résonnant encore dans ma tête et illustrant mes rêves les plus fous. Comment ne pas se sentir joyeux et rieur en entendant cela ? Comment ne pas succomber aux charmes de ce rapace nocturne ? Une fois envolée, nous voilà seuls, Solitaires. Et c'est parti pour une ode à la batterie, nous offrant ici un solo (tout de même accompagné des autres instruments, j'en vois qui prennent peur au fond) assez intéressant, autant sur le plan technique que mélodique (si si, c'est possible). 2:10 minutes de pur plaisir pour les oreilles et pour le cœur. Le fin du voyage approche, et soudain commence une ligne de basse d'une attraction assez incroyable. Elle semble ne jamais s'arrêter, pendant que les autres s'en donnent à cœur joie. C'est donc là que cette fresque s'achève. C'est fini. On a du mal à s'en remettre (je ne le suis d'ailleurs toujours pas). On se dit qu'on tient là un petit bijou, aussi bien esthétique que mélodique.


Après The Dreamers, John Zorn nous (re)sert ici de la très très grande émotion. Un chef d'orchestre, maîtrisant parfaitement ses musiciens (un Marc Ribbot à la guitare digne de Robbie Krieger, guitariste des  Doors : d'une précision et d'une intelligence sonore monstrueuses) et la musique en elle même. Il reste tellement de choses à dire, mais je préfère vous laisser écouter tout cela, et découvrir par vous même la richesse de cet album. Je tire mon chapeau à monsieur Zorn. Et encore merci.