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11 novembre 2010

Timbre de boix

Timber Timbre



Pour accompagner un jour férié. Pour remplir le ciel bleu au dehors, le plafond blanc en intérieur. Pour précéder la bouilloire qui s'apprête à chanter, car l'eau du thé est prête. Pour parler au chat qui pétrit le canapé bleu du salon. Pour pardonner aux papiers qui tombent doucement du bureau. Pour agrémenter le pot de beurre de cacahuètes presque vide, celui de spéculos encore bien en forme. Pour remercier mon ami lointain qui m'a montré cette jolie voie. Pour nager dans sa grande baignoire océanique. Pour ressentir la glace crémeuse et grumeleuse, qui fond dans le palais. Pour comprendre les hauts palmiers dont les feuilles semblent se coucher en compagnie des nuages. Pour célébrer la simplicité, la beauté du gâteau au yaourt. Pour couvrir les ronflements de ma Mamie. Pour se préparer à retourner au travail. Pour s'en satisfaire. Pour s'en foutre.

9 octobre 2010

Cirque

D'après le Petit Larousse Illustré, le cirque est une enceinte circulaire où se donnent des spectacles équestres et acrobatiques. Le folklore est l'ensemble des traditions, légendes, chansons et usages populaires d'un pays. L'obscur est ce qui n'est pas éclairé. Du coup, si l'on se réfère au Petit Larousse Illustré de 1979, le New Weird Folk Dark Circus Circus Dark ou Folk Strange Gospel Circus Experimental Dark Pop Cabaret est une nouvelle musique acrobatique qui galope au rythme des vielles traditions obscures et usages étranges du cirque. Mais plutôt que de rester le nez dans le dictionnaire, allons voir à quoi il ressemble, ce cirque. Ne vous inquiétez pas, c'est moi qui invite.







Beat Circus - The Ghost of Emma Jean

Le caissier à l'entrée du chapiteau fait tourner sa machine. A côté de lui, la jolie hôtesse déchire délicatement les tickets des clients qui rentrent. Ils sont de tout types. De petits enfants curieux, des vieux lassés cherchant de quoi réveiller leurs cœurs monotones, des couples se tenant par la main. Tout ce petit monde fait la queue, passe sous la toile du chapiteau, et s'installe sur les gradins. Les places se remplissent petit à petit. Puis la caisse se referme. Quelques derniers mouvements pour ajuster les popotins sur les bancs de bois. Et le cirque commence.

Beat Circus – Judgement Day

Un homme coiffé d'un long haute forme rentre au milieu du chapiteau. C'est le patron. Il nous souhaite la bienvenue. Très sobrement, avec une lente voix caverneuse. Nous préviens que toute l'affaire est très sérieuse. Que sa troupe vient d'une lointaine contrée, qu'elle sillonne le pays depuis des temps ancestraux. Nous pris de bien ouvrir les yeux car d'incroyables évènements vont se dérouler en ce lieu, pour notre bon plaisir. Il salut la foule, et, en continuant de la scruter du regard, recule jusqu'à disparaître dans les loges.

Alec K. Redfearn & The Eyesores - Valse

La troupe d'acrobate fait son entrée. Ils dansent sur le sable. Leur corps valsent dans les airs, pirouettes, sauts périlleux. Et retombent sur leurs pattes, impeccablement, en éclaboussures de poussières. Tous se mettent en mouvement et forme un grande fontaine à jet humain. Le flux monte de plus en plus haut, grâce à des trampolines, à des cordelettes pendues. La source se déplace, fait le tour de la cour. Et d'un coup, toutes les gouttelettes humaines restent perchées. L'audience reste silencieuse, avant d'applaudir à rompre l'espace.

Beat Circus - The Life You Save May Be Your Own

C'est au tour des jongleurs. Ils utilisent dans un premier temps des balles colorés. Qui tournoient dans l'air tels des arcs-en-ciel. Des poignards tranchants se joignent à l'hémorragie. Puis des hachoir, des légumes. Une fois ceux ci hachés en l'air, cuisinés en soupe, nos jongleurs sortent en offrant la collation aux chanceux du premier rang.

Alec K. Redfearn & The Eyesores - The Night it Rained Glass on Union Street

Les trapézistes prennent possession de la salle. Grimpent les échelles, font se balancer les cordes. Un premier s'élance, traverse de bout en bout la distance qui le sépare de ses compagnons. C'est le signal de départ. A peine touche t-il le poteaux d'un bois qu'un autre s'élance. Ce mouvement de pendule continue encore quelque temps, puis les premiers saut apparaissent. Lâchés de main, double lâchés de main. Les cordages se tendent, les esprits font de même. Parfois, lors d'instants immobiles, le cascadeur voltige seul dans un espace-temps suspendu. Il n'y a aucun accident, et à la fin, on se surprend à trouver cela facile. Somme toute, il suffit de savoir jouer à la balançoire et d'avoir les main fermes.

Beat Circus - Coney Island Creepshow

Le présentateur annonce. Les monstres. Pas de jambes, pas de bras, ou cinq bras et quatre jambes. Ils arrivent. Une véritable invasion d'innommables créatures. Des poils de yéti, des écailles de saumon. Des siamois géants qui rampent sur le sol, chevauchés par des nains aux sourires déformés d'un horrible rictus. Rires gras. Une femme à tête en forme de marteau embrasse un homme à la peau aussi molle qu'une meule de beurre. A la fois effrayant et amusant.

Alec K Redfearn and the Seizures - Voice To Skull

La funambule. La belle funambule. En combinaison de cuir noire. Elle oscille dangereusement aux dessus de nos pupilles. S'étire tel un félin. Laisse sa chevelure tournoyer autour du seul fil la reliant encore à la vie. De ses mains fines elle se suspend, se balance, joue avec notre peur. Puis redescend enfin sur terre sur la pointe des orteils.

Alec K. Redfearn & The Eyesores - Coke Bugs

Défilé d'animaux exotiques. Des grenouilles fluos sautillent. Des iguanes tirent la langue aux spectateurs. Des essaims de mouches tracent de sombres motifs dans l'air. Des serpents s'avalent entre eux, se recrachent. Il y a même de gros poissons qui, en mouvement frénétiques, arrivent à se déplacer à terre. Un espèce de lutin chevauchant un zèbre à rayures circulaires dirige tout cela. Il parle sans doute une langue extraterrestre.

Alec K. Redfearn & The Eyesores - The Quiet Room

L'illusionniste apparaît soudainement au milieu du chapiteau, sans qu'on ait même aperçu son ombre. Il se lève de sa chaise, elle s'évapore. Il a les yeux perçants. De sa cape, il repeint le sable en noir. Ses mains s'agitent bizarrement. Ses doigts domptent des lueurs. De son chapeau sort une chauve souris, qui se transforme en corbeau. Des fantômes siègent à côté du public, entonnent un chant de chorale. Puis l'illusionniste salut la foule muette, s'allonge sous sa cape. On le revoit plus.

Beat Circus - The Rough Riders

Suite de la parade animale. Des chevaux en fille indienne, monté par des singes empilés. Puis des lamas entrent en scène, permettant aux singes de sauter de monture en monture. Les lamas crachent du liquide coloré, les spectateurs malchanceux sont trempés. Arrivent les majestueux éléphants, qui lèvent leurs trompes selon une chorégraphie quelque peu grotesque. Une jument à demi-licorne fait ramener tout ce petit monde dans les enclos.

Alec K. Redfearn & The Eyesores - Queen of The Wires

La reine des câbles métalliques se balance avec grâce à plusieurs mètres au dessus du sol boueux. D'amples mouvements de ses jambes nues nous entraine dans sa danse, et inconsciemment, on s'élève pour la rejoindre, et planer avec elle. Calmement. On observe ses formes harmonieuses aussi bien que ses gestes maitrisés.

Beat Circus - Hypnogogia

Aussitôt arrivé sur scène, un hypnotiseur ensorcèle une dizaine de personne. Tous se mettent à tourner en rond autour de lui, puis le portent tel un roi jusqu'aux vestiaires.

Beat Circus - The Gem Saloon

Trois clowns arrivent en trottinant, vêtus en arlequin déchu.. Ils semblent ivres. Commencent par de petites galipettes et galipopettes. Leurs nez sont bien rouges d'alcool. De leurs sacs, ils extirpent divers ustensiles, aussi loufoques les uns que les autres. Lance peau de banane ou épluche cornichon, qui finissent toujours par se retourner contre eux. Ils titubent, tombent à terre régulièrement. Se tapent dessus maladroitement, s'aspergent de liquide par inadvertance. Puis ils quittent la scène à cloche pieds, miraculeusement redevenus sobres.

Alec K. Redfearn & The Eyesores - Bent At The Waist

Une bande d'équilibristes prend le relais. Sur une roue, sur les mains, sur les épaules du camarades. Pyramide humaine. Sans cesse un mouvement, un élan. Sans cesse en train de s'effondrer et de se reconstruire.

Alec K. Redfearn & The Eyesores - Bulgarian Skin Mechanic

Pour le bouquet final, la troupe au complet réinvesti la scène. Les acrobates dansent sur le dos des pachydermes. Les trapézistes volent sans fin. La funambule utilise les serpents comme filament. Il suffit d'un geste sec du patron pour que toute la machine se ralentisse, avant de repartir de plus belle. Les singes se lancent des grenouilles. Les clowns avalent le crachat des lamas. Les jongleurs se jonglent eux même. L'illusionniste fait équipe avec l'hypnotiseur pour évacuer mystérieusement les spectateurs, sans que ceux ci n'aient franchi aucune porte de sortie. La folle parade continue alors qu'il n'y a plus de spectateurs. Ainsi, personne ne sait ce qui se passa ensuite sous le chapiteau magique. Demandez au prochain gnome que vous croiserez en forêt, lui saura vous renseigner.

11 avril 2010

Jardin serein


Clogs - The Creatures in the Garden of Lady Walton



Posons-nous un instant. Avachis sur le canapé alors que dehors les rails avancent. La tasse sur le bord de la table. Le thé qui infuse. Tant que le thé infuse, tout va bien.
Reposons-nous un instant. C'est avec les yeux fermés que l'existence de la lumière apparait la plus évidente. Les accords chauds du dimanche soir, les bouts de bois pour les enfants des champs, la voix de la nymphe, celle de l'elfe.
Apaisons-nous un instant. À côté de ronflements, sous les étoiles. S'il peut y avoir de l'amour entre un violon et un rouleau compresseur, nous sommes tranquilles. Il suffit de retirer le sachet, d'en extraire les quelques gouttes de nectar à l'aide d'une pression bien ajustée. Il y a tout le sucre qu'il nous faut. À la bonne température, c'est un délice.
Déposons-nous un instant. Le coeur bat à son juste rythme. L'Eau, la Terre, le Feu, l'Air, entre le coussin et l'oreille. Driade et Zéphir nous prennent par la main. L'aube, l'aurore et la belle matinale emplissent l'espace en deux notes consécutives.
Oublions-nous un instant. Juste le temps d'une tasse de thé, des nouvelles fleurs, du bleu renouvelé, des hormones gonflées, des sentiers d'herbe frais. Grand soupir de soulagement qui s'étend sur une cinquantaine de minutes. Vibration d'énergie sonore. Un éclat, simple feuille voguant sur l'étang, reflet d'un arbre sur l'eau calme.

9 février 2010

A dream, A dream, A dream...



A dream, A dream, A dream... Le soleil se lève. La lumière se révèle. Les formes commencent à se distinguer. Sa chevelure noire brille. Elle dort encore. Je me suis réveillé avant. Je peux la contempler. Elle est allongée sur son lit. Elle est magnifique. Immobile. Insouciante. Idyllique. It's all I have of Her... Après quelques longues minutes, je sors dans le jardin. Tout est resplendissant. L'herbe. Le ciel. Le soleil. Elle. Je m'allonge. Je regarde le bleu qui me surplombe. Je l'entend qui me rejoint. Elle s'est levée. Please let me Be... Elle marche lentement sur l'herbe fraîche. Son pas est gracieux. Doux. Subtil. Comme son visage. Elle se couche à coté de moi. Plus rien ne compte. Contemplatifs. Entichés. Chéris. Riants. Heureux tout simplement. Close by Your side...

A dream, A dream, A dream... Elle est là. En face de moi. Ses yeux d'un noir intense m'hypnotisent. Mais elle ne me voit pas. Elle ne m'a jamais vu. Elle regarde ailleurs. Les arbres. Les nuages. Les feuilles qui tombent. C'est l'automne. It's all I have of Her... Elle continue sa route. Elle marche entre ces foliations dorées qui se laissent délicatement charmer par l'attraction. Please let me Be... Je ne bouge pas. Je continue de la contempler. Comme depuis toujours. Un jour il faudra. Close by Your side...

30 janvier 2010

Brightblack Morning Light




Pour ne pas trop faire tâche dans cet océan de néo-psyché-hardcore-chambre-underground-électro-dark-FOLK, je vais me glisser tout en douceur et commencer par...Brightblack Morning Light. En effet, c'est à moi qu'incombe la tâche de décortiquer ce groupe puisque je suis subitement tombé sous son charme.
Alors déjà, une évidence s'impose dès l'écoute du deuxième, troisième morceau : soit on adore, soit on déteste. Pourquoi ? Tout simplement parce que c'est toujours pareil. A titre de comparaison, on pourrait les voir un peu comme les Jean-Pierre Jeunet du psyché-folk. Si vous prenez un film de monsieur Jeunet, vous pouvez être sur qu'il sera jaune. Et bien si vous prenez une chanson de Brightblack Morning Light, vous pouvez être sur que vous aurez une percussion lourde et entraînante (ponctuée de claquements de mains renforçant l'intimité de la chose), un clavier se contentant de quelques notes mais terriblement efficaces et une voix plaintive et enrobée de lumière. Tels sont les ingrédients principaux de Brightblack Morning Light. Vous rajoutez par dessus tout ça des bribes de flûtes, de saxophones et vous obtenez un album entier. Cette recette est surtout valable pour le premier album éponyme, leur second étant un poil plus diversifié. Dit comme ça, on pourrait croire que je n'aime pas. Et pourtant...
Ce groupe a un don pour créer des mini-riffs (jamais plus de 3 notes) d'une puissance mélodique assez incroyable. La première chanson, Everybody Daylight, en est l'exemple parfait : 3 notes qui, prisent séparément paraissent insignifiantes, mais une fois mises bout à bout deviennent une ligne mélodique extraordinaire. La seconde, Friend Of Time, met en avant la batterie et sa présence indispensable pour assurer la cohésion mélodique du groupe : ses entrées "cymbaliques" sont tout simplement magnifiques, telles un levé de soleil dans un immense pré vert (vous savez, le genre de scène que vous aimeriez bien passer en compagnie d'une jolie fille, tout deux allongés dans l'herbe). La troisième, Fry Bread, est l'illustration parfaite de ce que je disais plus haut. C'est une sorte de copie de Everybody Daylight, en plus courte.
Leur second album, comme je le disais est plus diversifié. L'introduction est certes courte, certes simple mais qu'est ce qu'elle est belle. En tout et pour tout 5 notes mais comme pour Everybody Daylight, elles sont d'une efficacité mélodique exceptionnelle. S'ensuit alors Hologram Buffalo, qui reprend la ligne de l'introduction et en fait une chanson. Tout simplement sublime. Je ne citerai sur cet album que Oppressions Each, qui a un coté montée en puissance, avec la présence de "cœurs" qui renforce la voix (toujours plaintive), telle une foule continuellement rejointe par d'autres personnes et devenant ainsi de plus en plus imposante.
Bref, écoutez la première chanson : si vous aimez, vous pouvez être sur que vous aimerez  Brightblack Morning Light. En revanche, si vous n'aimez pas, arrêtez vous là car vous n'aurez droit à aucun changement durant le reste de l'album. En tout cas, moi j'adore ! C'est exactement le genre de musique que je recherche (dans ce genre) : simple, sans fioritures et surtout d'une mélodie à tomber par terre.



NB : Vous aurez constaté que j'emploie souvent (peut être même trop) le terme "mélodie". C'est pour moi la clef essentielle de ce genre de musique. Il faut que ça prenne aux tripes, il faut que ça prenne le cœur et que ça le retourne dans tous les sens jusqu'à en avoir les larmes aux yeux, il faut que ça annihile la moindre once de raison en vous et que ça laisse place à l'émotion. Vous êtes donc avertis pour le(s) prochain(s) article(s).

23 décembre 2009

Pop d'amour





Okay - Huggable Dust



Puisqu'il y a tellement de gens intelligents, utilisons leurs idées, et servons-nous de l'œuvre de Roland Barthes pour parler de cet album. Le discours amoureux ( ou Fragments d'un discours amoureux ) présente toutes les figures du discours amoureux, les théorise, les explique, les explore. Le grand Barthes se sert de Souffrances du jeune Werther de Goethe, nous on va se servir de cet album, et relever méthodiquement les figures du discours amoureux. Et puis comme on n’est pas aussi intelligent qu'on en a l'air, on va piocher allègrement dans le livre de Barthes pour l'explication des figures. Et il y en a des figures, parce que cet album ne parle que d'amour ou peut-être de l'amour, et il en parle amoureusement. En plus ça me fait travailler mes cours...



Figure 2 : Abime
"I'm afraid, I'm no fun, I'm nothing, I'm no one.
All the fight that you won, what the hell has it done"
Les tristes notes qui apparaissent tout au long de la chanson Asleep. Le long silence de début, puis le petit rythme qui bat comme un cœur. "tum tum tum tum tum tum tum".
Et plus généralement la voix torturée tout au long de l'album.

Un certain mode d'anéantissement du sujet amoureux, qui tombe et se perd.

Parce que l'aimée de Marty Anderson, unique membre de Okay, est partie avec un autre. Et qu'à cause d'une horrible maladie, il est obligé de rester dans sa chambre. Du coup il compose de la pop de chambre, dans sa chambre.


Figure 3 : -aime
"All that I'm gonna do/ need / give is love
It's so simple, all I'm gonna do/ need / give is love"

Bien que le mot n'apparaisse pas tant de fois que cela au cours de l'album, il transparait entre chaque note. La simplicité des mélodies, des arrangements musicaux, la position de la voix, le fait qu'elle se répète sans cesse. Parce que quand on aime, on aime. Et que même si le temps de lecture avance, on fait toujours la même chose : on aime.

Je t'aime est un mot total. Aime est un mot poétique par excellence : départ de mille métaphores, mais lui-même n'est métaphore de rien.


Figure 7 : Attente
"And oh, some days are so long"
"I pray each time I leave your loven arms"

Si une seule définition était possible du sujet amoureux, ce serait celle-ci : le sujet amoureux est celui qui attend, de toutes les manières. De l'attente fondamentale et comme permanente du comblement, de la présence, jusqu'aux attentes les plus contingentes, non moins angoissantes : l'attente d'un rendez-vous, d'une lettre, d'un téléphone, d'un message.[...]
Peur de la perte de l'être aimé, panique. Le sujet amoureux désire la présence de l'être aimé, comme si cette présence était la vérité ; et l'attente est l'épreuve de cette vérité.

Une fois que l'album est fini. Il n'y a plus qu'à attendre qu'il recommence...


Figure 8 : Autre langage
Le chanteur n'en dit jamais trop. Ce sont de petites phrases, sans beaucoup de mots. De petites phrases simples, qui ne rendent pas le tout horripilant. Même les ventriloques ne peuvent vraiment parler avec leur cœur, ils utilisent leur estomac. Ici c'est la musique du coeur qui parle. Les chaudes mélodies, les petites envolées magiques. Ce n'est pas comme tous les chanteurs lamentables, qui parlent sans cesse de l'amour, puisque l'on parle partout de l'amour. Ils en parlent, mais ils en parlent mal.

Par cette figure le sujet pointe le frottement, la friction insupportable, " horripilante " de son langage amoureux et de tout autres langages : langages constitués de la mondanité, de la science, de la mode, de la généralité, ressentie avec horreur comme facticité.


Figure 9 : Bonté
"She has got to be the holiest beast who ever walked the earth"
Les choses qu'on aime ( ici une jolie fille) deviennent les plus sacrées du monde.
"why would you want to go on loveless?"
"I can't keep what's not there "
Mais du coup, nous ne sommes que bien peu de choses face à elles.

Figure du discours par laquelle le sujet amoureux pointe et se parle à lui-même la "bonté" de l'objet aimé. "bonté" vaut ici pour toute qualité, toute vertu "objective" de l'être aimé, c'est à dire toute qualité qui peut être posée extérieurement, hors de la relation amoureuse. C'est le Bien objectif et objectal de l'être aimé. Perfection de l'être aimé, magie de la bonté de l'être aimé, et l'exclusion du sujet aimant qui en découle.

Il n'y a aucune fausse note, ou partie agressive tout au long des 18 chansons. Que de la bonté. C'est un album composé par un gens gentil pour les gens gentils.


Figure 12 : Circonscription
" I want you to know it's alright"
"I just have to let it go"
"I didn't know that this something was really nothing in my way
But now I know that this something just has to leave so it can stay"

Cette figure vise l'impossible circonscription du plaisir amoureux. Ceci fait partie des tentatives internes de solutions : accepter les absences, l'éloignement, l'engagement de l'objet aimé pour un autre, suspendre tout retentissement dès ces vacances et se contenter de ce qui est donné par le réel. Vœu impossible, celui qui défie l'être, le nom même de l'amour.

Figure qui se retrouve beaucoup dans l'album. Après tout, la jolie dame est partie. Quelque chose a mal tourné, et du coup il faut bien faire avec. Seulement c'est impossible. Mais comme on est des gentils messieurs, on reste là sans l'embêter. Lui il a choisi d'en faire un album pour passer à autre chose. Henri Miller faisait un livre pour oublier une femme. Nous on peut écouter cet album et essayer d'oublier, aussi. Je ne vous conseille que trop peu de lire Henri Miller d'ailleurs.


Figure 14 : Cœur
"It's my heart you got"
"You are my heart"

Une note érudite dit : " Saint-Preux aussi parle souvent de son coeur et le met au-dessus de tout" Le problème n'est pas du tout là : il ne s'agit pas d'une proéminence ( historiques) des valeurs affectives ( romantisme) mais d'une agression du monde contre le sujet amoureux. Donner son cœur. Cœur : ce qui se donne pour rien.

À vrai dire ici ça n'a pas grand-chose avoir avec la figure telle qu'elle ait décrite par Barthes. Disons peut-être qu'à travers cette chanson, en plus de parler à tous les jolis gens du monde ( joli au sens large), Marty Anderson nous parle à nous. Nous qui possédons ses chansons dans lesquelles il parle avec son cœur, avec toute la vérité qu'il possède.


Figure 18 : Créativité
"I could write you a novel tonight
I could write a new song each day
It's a natural part of my day"


Il pourrait écrire beaucoup de choses. Mais dans les faits, il n'a fait qu'un album en 3 ans. L'avant-dernier album d’Okay, High Road / Low Road remonte en effet à 2005. Alors qu'au temps de Dilute ( ancien groupe de Marty Anderson, fantastique ), on a eu droit à deux chefs d'œuvres musicales à la suite. The Gipsy Valentine Curve en 2001 et Grape Blueprints Pour Spinach Olive Grape en 2002.

La figure pointe un paradoxe : énorme mythe culturel, doxa lourde, selon lesquels l'Amour enflamme et nourrit la créativité. Mythe romantique français : j'exprime mon amour dans une créativité immortelle.
[...] Explication plus large : c'est L'Imaginaire même qui bloque la création en tant qu'il est coalescence du sujet et de l'image. Le sujet est collé à l'image.


Figure 19 : Déclarationnisme ( avec deux "n" comme "révisionnisme")
"I start speakin' too soon
When I look at the moon
Light on your face
I'm not one to be proud
But I'll say it out loud
You are my heart"

Pulsion du sujet amoureux à entretenir abondamment, avec émotion ( et une éloquence plus ou moins creuse) l'objet aimé, de son amour, de lui, de soi. Sorte de conduite autonymique : le rapport amoureux se met en scène lui-même, parle de sa propre forme : il se déclare.[...]
Le message est comme une caresse, un frôlage ému.[...] Flux de paroles désirantes, c'est-à-dire la part royale de l'hystérie amoureuse. Enfin, et ceci va bien après le meurtrier de l'hystérie - se rappeler toujours le rapport entre amour et hypnose.

Ici c'est tout l'album constitue un exemple de déclarationnisme. En plus de nous parler ( chanter ) amoureusement, Marty Anderson nous ensorcèle avec sa petite voix en mélodies naïves. On est bel et bien hypnotisé. Il arrive à se contrôler, à ne pas se mettre à raconter des bêtises ou crier hystériquement, et ainsi ne fait pas "peur".


Figure 32 : Exprimer ( Expression)
"More than you know
More than I can show
It's my heart you got"

Ensemble dispersé de traits du discours par lesquels le sujet dit : son besoin irrépressible d'exprimer son amour et son impossibilité à le faire.

Ce que les paroles n'arrivent pas à exprimer, la musique s'en charge. Les notes se font tantôt hésitantes, dansantes, ou déterminées à finir dans nos oreilles.


Figure 34 : Fatigue
"I'm tired"
"Half asleep, half aware"
"What a nightmare to love"

Cette fatigue de l'Amour doit être signalée comme dépense extrême du corps amoureux, dépense physique ( l'Amour est énergie et dépense d'énergie). D'où la compensation paradoxale : dormir. L'amoureux dort.

La dernière chanson, peut-être la meilleure, Asleep, insiste bien sur cette fatigue inhérente au fait d'aimer avec passion. Ce qui est bien c'est que pourtant, une fois que le CD a fini de tourner, nous ne sommes pas fatigués. La légèreté des chansons fait que même au bout des 58 minutes on n’est pas fatigué. Pourtant la voix plaintive, les sonorités bancales pourraient horripiler, mais non.


Figure 47 : Inscription
Le fait qu'il parle de son amour. Le fait que je parle de cet album.

Inscrire quelque part ( partout) le nom de l'objet aimé ou la mention de la relation amoureuse.


Figure 59 : Musique
Le fait qu'il est magnifiquement mit tout ça sous forme de musique. Le fait que j'aime autant cette musique parce qu'elle me rappelle des choses, et qu'elle me soulage. Parce que c'est tellement simple et vrai qu'on peut facilement s'y identifier suivant ses aléas amoureux, et y soigner son cœur, le pacifier et éviter tout "délabrement".

Association privilégiée de la musique et de l'amour, effet exaltant et pacifiant de la musique sur le "délabrement" amoureux.


Figure 61 : Oblation
"But oh, that don't change where I belong
My love, no that don't change at all"
"I want youuuu .....
I want youuuuu ......
To be happy"

Figure précise par laquelle le sujet amoureux fait don à l'objet aimé de deuil dans lequel il va être plongé en décidant de la quitter : " Je ne t'en veux pas de la souffrance que tu me causes", "Je te pardonne".

C'est surement cela qui rend l'album si beau, c'est l'absence de rancœur, de haine. C'est l'espoir et la joie entre chaque respirations et note. La dernière partie de Natural, où après avoir répété "I want you" tant de fois, on entend "to be happy". Je ne sais pas pour vous, mais moi je le suis, heureux, suite à l'écoute de la galette musicale.


Figure 81 : Rythme
"There's always a downside, there's always an upside"

Le sujet constate en lui une alternance d'"humeurs " : succession de chagrins et de joies ( dans le champ amoureux).

Ce que je constate moi, c'est qu'il y a une alternance de rythme entre les chansons. Des toutes calmes ( My, Simple ) , des plus pêchues ( Peaceful, Loveless). Rajoutés à cela la variété de ton, tristes ( Asleep, Huggable Dust ) enjouées ( Only, Panda). Ainsi que de longueurs , de 7 à 2 minutes. Tout cela fait qu'il y a du rythme.


Figure 98 : Voir clair ( lucidité )
"Just today, just for fun, love something, love someone"

Conscience aiguë de contradiction entre la lucidité ( la connaissance de la situation), le "savoir" et le "vouloir- pouvoir".

Marty Anderson a fait preuve d'extrêmement de lucidité en composant cet album. Beaucoup de génie là-dedans, mais très modeste. Un joli CD qu'il faut écouter, comme le dit la réplique qui clôt le tout : Juste pour le fun, pour le plaisir du cœur et des oreilles.
Quant au livre de Roland Barthes, en plus du plaisir, cela vous permettra de ne pas refaire les mêmes erreurs la prochaine fois que vous tombez amoureux... Un peu de lucidité, courez l'emprunter à la bibliothèque du coin ( il est cher, gros, et dur à trouver en librairie).