10 octobre 2010

Quand Les Grands Esprits Se Rencontrent


- Je suppose que dans la salle, tout le monde connait Stairway To Heaven...
- Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!
- Et je suppose aussi que c'est tout ce que représente Led Zeppelin pour vous...
- Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!
- *sigh* (mal)Heureusement je ne suis pas là pour vous dire ô combien vous êtes stupides mais simplement pour vous parler du groupe qui a inspiré à M. Page cette chanson devenue mythique : Spirit.


"Many sounds don't make sens. But one thing is Clear : Spirit"


Je ne comprends toujours pas comment ce groupe a pu tomber dans l'anonymat total alors qu'à son époque il était presque plus connu que The Doors. Si je devais leur définir un genre, je parlerais de folk rock progressif. En gros, vous prenez quelques tranches de King Crimson, un zeste de Jefferson Airplane, vous mettez le tout dans une casserole, vous saupoudrez de jazz et de blues, vous laissez bouillir quelques heures et vous obtenez Spirit. L'album commence avec le très sympathique Fresh Garbage au clavier très bluesy et à la voix extrêmement agréable. L'ambiance générale du morceau donne sacrément envie de bouger mais pas trop, juste ce qu'il faut. Le ton est donné : Spirit n'est pas là pour vous faire sauter de tous les cotés ou encore vous faire littéralement planer comme un Us And Them le ferait. Non. En écoutant cet album, vous vous sentez bien, relax, heureux. Votre esprit danse, swing mais votre corps lui est bel et bien reposé. En écoutant Mechanical World, on commence à percevoir le coté progressif/psychédélique du groupe. Elle commence à la façon d'Alabama Song des Doors, se lance dans des contrées angoissantes, se calme un peu, reprend et se termine toute en douceur d'une manière assez belle. Vient ensuite mesdames et messieurs *roulements de tambours* Taurus !! *long silence* Je vous sens sceptiques... Mais si maintenant je vous dis que c'est cette chanson qui a provoqué en Jimmy Page le profond désir de marquer un tournant dans le monde de la musique, l'envie irrésistible de composer un des plus grands solos de guitares au monde, l'inspiration divine qui lui a donné le pouvoir de mettre en forme Stairway To Heaven (et accessoirement de réduire Led Zeppelin à cette unique musique *sigh bis*), là vous réagissez déjà plus ! Et c'est vrai que ces notes de guitare font quand même sacrément penser aux escaliers du paradis. Le tout accompagné magnifiquement par un clavier et des violons mettant parfaitement dans l'ambiance. S'ensuit alors Girl In Your Eye, très jolie chanson aux sonorités indiennes, délicieusement relaxante et reposante. Avec Gramophone Man, on ressent parfaitement bien l'influence jazz (pour notre plus grand bonheur) du batteur Ed Cassidy. La chansons alterne entre passages un peu rocks et d'autres purement jazzys (chabada, walking bass et tout le tralala, les puristes me comprendront). Un régal. Et pour finir, ils se lâchent totalement avec Elijah. Pour résumer, c'est un peu leur 21st Century Schizoid Man ou bien encore leur How Many More Times : 11 minutes de pure improvisation, un condensé de tout ce qu'ils savent faire (et dieu sait qu'ils le font bien !),  du rock, du blues, du jazz, du folk, des solos (basse, batterie, guitare, clavier, tout le monde y a droit). Une belle démonstration de rock progressif.
Bref, cet album est un pur bonheur pour les oreilles et pour l'esprit. Avec un nom pareil, on ne pouvait pas s'attendre à autre chose.

9 octobre 2010

Cirque

D'après le Petit Larousse Illustré, le cirque est une enceinte circulaire où se donnent des spectacles équestres et acrobatiques. Le folklore est l'ensemble des traditions, légendes, chansons et usages populaires d'un pays. L'obscur est ce qui n'est pas éclairé. Du coup, si l'on se réfère au Petit Larousse Illustré de 1979, le New Weird Folk Dark Circus Circus Dark ou Folk Strange Gospel Circus Experimental Dark Pop Cabaret est une nouvelle musique acrobatique qui galope au rythme des vielles traditions obscures et usages étranges du cirque. Mais plutôt que de rester le nez dans le dictionnaire, allons voir à quoi il ressemble, ce cirque. Ne vous inquiétez pas, c'est moi qui invite.







Beat Circus - The Ghost of Emma Jean

Le caissier à l'entrée du chapiteau fait tourner sa machine. A côté de lui, la jolie hôtesse déchire délicatement les tickets des clients qui rentrent. Ils sont de tout types. De petits enfants curieux, des vieux lassés cherchant de quoi réveiller leurs cœurs monotones, des couples se tenant par la main. Tout ce petit monde fait la queue, passe sous la toile du chapiteau, et s'installe sur les gradins. Les places se remplissent petit à petit. Puis la caisse se referme. Quelques derniers mouvements pour ajuster les popotins sur les bancs de bois. Et le cirque commence.

Beat Circus – Judgement Day

Un homme coiffé d'un long haute forme rentre au milieu du chapiteau. C'est le patron. Il nous souhaite la bienvenue. Très sobrement, avec une lente voix caverneuse. Nous préviens que toute l'affaire est très sérieuse. Que sa troupe vient d'une lointaine contrée, qu'elle sillonne le pays depuis des temps ancestraux. Nous pris de bien ouvrir les yeux car d'incroyables évènements vont se dérouler en ce lieu, pour notre bon plaisir. Il salut la foule, et, en continuant de la scruter du regard, recule jusqu'à disparaître dans les loges.

Alec K. Redfearn & The Eyesores - Valse

La troupe d'acrobate fait son entrée. Ils dansent sur le sable. Leur corps valsent dans les airs, pirouettes, sauts périlleux. Et retombent sur leurs pattes, impeccablement, en éclaboussures de poussières. Tous se mettent en mouvement et forme un grande fontaine à jet humain. Le flux monte de plus en plus haut, grâce à des trampolines, à des cordelettes pendues. La source se déplace, fait le tour de la cour. Et d'un coup, toutes les gouttelettes humaines restent perchées. L'audience reste silencieuse, avant d'applaudir à rompre l'espace.

Beat Circus - The Life You Save May Be Your Own

C'est au tour des jongleurs. Ils utilisent dans un premier temps des balles colorés. Qui tournoient dans l'air tels des arcs-en-ciel. Des poignards tranchants se joignent à l'hémorragie. Puis des hachoir, des légumes. Une fois ceux ci hachés en l'air, cuisinés en soupe, nos jongleurs sortent en offrant la collation aux chanceux du premier rang.

Alec K. Redfearn & The Eyesores - The Night it Rained Glass on Union Street

Les trapézistes prennent possession de la salle. Grimpent les échelles, font se balancer les cordes. Un premier s'élance, traverse de bout en bout la distance qui le sépare de ses compagnons. C'est le signal de départ. A peine touche t-il le poteaux d'un bois qu'un autre s'élance. Ce mouvement de pendule continue encore quelque temps, puis les premiers saut apparaissent. Lâchés de main, double lâchés de main. Les cordages se tendent, les esprits font de même. Parfois, lors d'instants immobiles, le cascadeur voltige seul dans un espace-temps suspendu. Il n'y a aucun accident, et à la fin, on se surprend à trouver cela facile. Somme toute, il suffit de savoir jouer à la balançoire et d'avoir les main fermes.

Beat Circus - Coney Island Creepshow

Le présentateur annonce. Les monstres. Pas de jambes, pas de bras, ou cinq bras et quatre jambes. Ils arrivent. Une véritable invasion d'innommables créatures. Des poils de yéti, des écailles de saumon. Des siamois géants qui rampent sur le sol, chevauchés par des nains aux sourires déformés d'un horrible rictus. Rires gras. Une femme à tête en forme de marteau embrasse un homme à la peau aussi molle qu'une meule de beurre. A la fois effrayant et amusant.

Alec K Redfearn and the Seizures - Voice To Skull

La funambule. La belle funambule. En combinaison de cuir noire. Elle oscille dangereusement aux dessus de nos pupilles. S'étire tel un félin. Laisse sa chevelure tournoyer autour du seul fil la reliant encore à la vie. De ses mains fines elle se suspend, se balance, joue avec notre peur. Puis redescend enfin sur terre sur la pointe des orteils.

Alec K. Redfearn & The Eyesores - Coke Bugs

Défilé d'animaux exotiques. Des grenouilles fluos sautillent. Des iguanes tirent la langue aux spectateurs. Des essaims de mouches tracent de sombres motifs dans l'air. Des serpents s'avalent entre eux, se recrachent. Il y a même de gros poissons qui, en mouvement frénétiques, arrivent à se déplacer à terre. Un espèce de lutin chevauchant un zèbre à rayures circulaires dirige tout cela. Il parle sans doute une langue extraterrestre.

Alec K. Redfearn & The Eyesores - The Quiet Room

L'illusionniste apparaît soudainement au milieu du chapiteau, sans qu'on ait même aperçu son ombre. Il se lève de sa chaise, elle s'évapore. Il a les yeux perçants. De sa cape, il repeint le sable en noir. Ses mains s'agitent bizarrement. Ses doigts domptent des lueurs. De son chapeau sort une chauve souris, qui se transforme en corbeau. Des fantômes siègent à côté du public, entonnent un chant de chorale. Puis l'illusionniste salut la foule muette, s'allonge sous sa cape. On le revoit plus.

Beat Circus - The Rough Riders

Suite de la parade animale. Des chevaux en fille indienne, monté par des singes empilés. Puis des lamas entrent en scène, permettant aux singes de sauter de monture en monture. Les lamas crachent du liquide coloré, les spectateurs malchanceux sont trempés. Arrivent les majestueux éléphants, qui lèvent leurs trompes selon une chorégraphie quelque peu grotesque. Une jument à demi-licorne fait ramener tout ce petit monde dans les enclos.

Alec K. Redfearn & The Eyesores - Queen of The Wires

La reine des câbles métalliques se balance avec grâce à plusieurs mètres au dessus du sol boueux. D'amples mouvements de ses jambes nues nous entraine dans sa danse, et inconsciemment, on s'élève pour la rejoindre, et planer avec elle. Calmement. On observe ses formes harmonieuses aussi bien que ses gestes maitrisés.

Beat Circus - Hypnogogia

Aussitôt arrivé sur scène, un hypnotiseur ensorcèle une dizaine de personne. Tous se mettent à tourner en rond autour de lui, puis le portent tel un roi jusqu'aux vestiaires.

Beat Circus - The Gem Saloon

Trois clowns arrivent en trottinant, vêtus en arlequin déchu.. Ils semblent ivres. Commencent par de petites galipettes et galipopettes. Leurs nez sont bien rouges d'alcool. De leurs sacs, ils extirpent divers ustensiles, aussi loufoques les uns que les autres. Lance peau de banane ou épluche cornichon, qui finissent toujours par se retourner contre eux. Ils titubent, tombent à terre régulièrement. Se tapent dessus maladroitement, s'aspergent de liquide par inadvertance. Puis ils quittent la scène à cloche pieds, miraculeusement redevenus sobres.

Alec K. Redfearn & The Eyesores - Bent At The Waist

Une bande d'équilibristes prend le relais. Sur une roue, sur les mains, sur les épaules du camarades. Pyramide humaine. Sans cesse un mouvement, un élan. Sans cesse en train de s'effondrer et de se reconstruire.

Alec K. Redfearn & The Eyesores - Bulgarian Skin Mechanic

Pour le bouquet final, la troupe au complet réinvesti la scène. Les acrobates dansent sur le dos des pachydermes. Les trapézistes volent sans fin. La funambule utilise les serpents comme filament. Il suffit d'un geste sec du patron pour que toute la machine se ralentisse, avant de repartir de plus belle. Les singes se lancent des grenouilles. Les clowns avalent le crachat des lamas. Les jongleurs se jonglent eux même. L'illusionniste fait équipe avec l'hypnotiseur pour évacuer mystérieusement les spectateurs, sans que ceux ci n'aient franchi aucune porte de sortie. La folle parade continue alors qu'il n'y a plus de spectateurs. Ainsi, personne ne sait ce qui se passa ensuite sous le chapiteau magique. Demandez au prochain gnome que vous croiserez en forêt, lui saura vous renseigner.

8 octobre 2010

Le Dernier Jour d'Un Condamné [Part One]



Je levai la tête. Le ciel était bleu, et les rayons chauds du soleil, découpés par les longues cheminées, traçaient de grands angles de lumière au faîte des murs hauts et sombres de la prison. Il faisait beau en effet. A quoi bon ? Je suis condamné aux frais, et tout ce que j'ai y suffira à peine. La guillotine, c'est fort cher. Je laisse une mère, je laisse une femme, je laisse un enfant. Je viens de voir, crayonnée en blanc au coin du mur, une image épouvantable, la figure de cet échafaud qui, à l'heure qu'il est, se dresse peut-être pour moi. J'ai fermé les yeux avec horreur, alors j'ai tout vu plus distinctement. Rêve, vision ou réalité, je serais devenu fou, si une impression brusque ne m'eût réveillé à temps. Je regardai avec terreur tous ces profils sinistres dans leurs cadres de fer. Malheureusement je n'étais pas malade. Pas malade ! en effet, je suis jeune, sain et fort. Le sang coule librement dans mes veines ; tous mes membres obéissent à tous mes caprices ; je suis robuste de corps et d'esprit, constitué pour une longue vie ; oui tout cela est vrai ; et cependant j'ai une maladie, une maladie mortelle, une maladie faite de la main des hommes. Me voici transféré. Je me suis levé, j'ai fait un pas ; il m'a semblé que je n'en pourrais faire un second, tant ma tête était lourde et mes jambes faibles. Je me sentais  emporté avec stupeur, comme un homme tombé en léthargie qui ne peut ni remuer ni crier et qui entend qu'on l'enterre. J'étais devenu machine comme la voiture. Je me sens les cœur plein de rage et d'amertume. La mort rend méchant. Je me revois enfant, écolier rieur et frais, jouant, courant, criant avec mes frères dans la grande allée verte de ce jardin sauvage où ont coulé mes premières années, ancien enclos de religieuses que domine de sa tête de plomb le sombre dôme du Val-de-Grâce...