29 décembre 2009

Bonne Pioche

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Tupille
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26 décembre 2009

Evenements de Chambre




Lift Your Skinny Fists Like Antennas To Heaven

Troisième album de l'immense groupe de postrock canadien, le bien nommée Godspeed You Black Emperor!. Véritable coup porté à l'humanité ( ou presque), tout simplement magnifique. C'est le genre de CD que je sortirais fièrement de mon sac pour montrer à mes gamins, et dire : "regardez, votre père n'est peut-être plus dans le coup, mais à l'époque il savait... "
Mais ici on ne va pas s'intéresser à la postérité de la chose, puisqu'on la sait assurée. Vivons dans l'instant présent : il paraitrait ( de source bancale) que cette douce musique soit idéale pour séduire un(e) joli partenaire, qui se serait égaré (e), par un heureux hasard dans votre chambre.
Prenons le CD 2 de ce chef d'œuvre, s'apparentant plus à un double album symphonique qu'à un simple album rock. Prenons l'ordre inverse de la Track list. Ce qui nous donne tout d'abord Antennas to Heaven, et ensuite Sleep. Soit plus de 40 minutes d'extases.
Supposons un charmant jeune homme, qui à l'aide de fins stratagèmes a amené une jeune fille dans sa chambre. C'est la nuit, quelque chose comme 23h00. Les deux partenaires ont légèrement bu ( j'ai bien dit légèrement). Notre jeune homme a su conserver une aura de mystère tout au long de la soirée ( facteur important), ce qu'il n'a pas dit par ses propres mots va être magnifiquement dit par la musique. Les deux protagonistes rentrent donc dans la chambre, et sans paraitre y attacher une attention particulière, rapidement et discrètement, notre jeune homme ( appelons-le Charles pour plus de clarté ) met en route la musique, pour les beaux yeux de Julie. La musique dans nos oreilles, regardons ce qui se passe :


I. Passage au paradis : Antennas to Heaven
Tout se passe très vite. En 19 le minutes le monde change.


1. Moya Sings 'Baby-O'  00 à 1:00
Petite chanson calme de Folk . Toute douce. Julie ne se doute pas qu'elle assiste aux prémices d'une révolution sonore et sentimentale. Permets d'instaurer une légèreté dans le rapport Julie/Charles. Charles se permet de continuer une conversation banale


2. Edgyswingsetacid 1:00 à 1:58
Nappe sonore, plutôt aiguë, un peu dissonante. Julie se pose quelques questions, légèrement déstabilisée. Charles en a profité pour lui lancer un beau regard comme il sait si bien les faire.On commence à comprendre qu'on a affaire à quelque chose de sérieux.


3. Glockenspiel Duet Recorded on a Campsite In Rhinebeck, N.Y. 1:58 à 2:45
Bruit de pas, petites clochettes. C'est avant tout la joie, le bonheur, l'amour, dont il est question dans la situation présente.Charles fait comprendre à Julie qu'il agit sans mauvaises intentions aucunes, espérant seulement rendre Julie heureuse.


4. 'Attention...Mon Ami...Fa-Lala-Lala-La-La...' [55-St. Laurent] 2:45 à 4:03
Voix d'enfant. Légère, simple. Échos à toutes les rêveries enfantines, d'un monde meilleur, de prince et princesse. Quand on était enfant on chantait des petites chansons en sautant à la corde à sauter. Maintenant on fait autre chose, mais c'est toujours un jeu.


5. She Dreamt She Was a Bulldozer, She Dreamt She Was Alone in an Empty Field  4:03 à 13:46
Nouvelle nappe sonore. Le bonheur de l'enfance doit être transcendé. On va passer à des jeux pour grands maintenant. On sent que quelque chose va se passer. Charles et Julie s'interrogent mutuellement du regard. Et puis à 5:32, à cet instant précis où la musique, la chambre, prennent des dimensions supérieures à l'univers, moment de jouissance absolue, alors la musique embrasse la joie. Et Charles a tout intérêt à faire de même envers Julie.
C'est assez rapide, cela dure environ 50 secondes, puis nos deux protagonistes s'écartent, la musique retombe en battement de tambour. La musique comme le baiser ne peut soutenir un rythme effréné pendant longtemps.
6:20 À partir de là nous ne sommes plus dans le même monde. Que faire après cette jouissance du premier baiser, des premières envolées lyriques ? Des souffles, de petits hurlements lointains. Peur du vide, après s'être tant donné à l'autre. Peur d'un mensonge, d'une absence soudaine. Et puis c'est si fatigant de sauter sans cesse de joie, cela use les genoux. Le doute, peut-être que Charles n'aurait pas du ? Peut-être que Julie le méprise et s'est jouée de lui ? Il regarde juste ses yeux tentant d'y trouver une réponse.
10:10 La réponse arrive, les tambours viennent à la rescousse. Les cœurs battent de nouveau en rythme, ensemble. La batterie se veut rassurante, affirmant le désir de construire quelque chose de grand, d'aller de l'avant. Des petites accélérations, la guitare reprend de plus belle, tout s'enchaine, les bras les lèvres les jambes les cœurs les mains les yeux s'entremêlent. Les habits s'envolent.
11:55 Une nouvelle étape à franchir. Sans habit il fait froid, on a plus de carapaces pour se protéger du monde extérieur. Mais il faut pourtant garder les bras levés vers le paradis, vers Julie. Garder cette jouissance, malgré l'absence de tintamarre de guitare, de tambours.


6. Deathkamp Drone 13:46 à 16:55
Les deux corps se rapprochent, se réchauffent. La musique est calme, mais sous-entend qu'il se passe quelque chose d'agité ici bas. Nappes de plaisirs se rajoutent, éclats soudains. État contemplatif, ô comme les oreilles de Julie sont belles, comme elles sont utiles à la beauté du monde. On croit entendre des voix chuchotantes de plaisir, ces voix sont lointaines, songe d'une autre galaxie, d'un septième ciel.


7. Antennas to Heaven... 16:55 à 18:57
Derniers coups portés à l'univers. Notes de jouissance qui avancent mollement puis résonnent en cri de plaisirs. Il y a de quoi être heureux, on a les moyens. Les cœurs tremblent encore.


II Retombée sur terre : Sleep
On avait affaire à un éclair musical dans notre première partie, ici nous parlerons plutôt d'éternité. Nous envisagerons ainsi les rapports Charles/Julie dans leurs longueurs, prolongements quotidiens qui s'étendent au fil des années.


1. Murray Ostril: '...They Don't Sleep Anymore on the Beach...' 00 à 1:10
Discours nostalgique et pessimiste. Il y avait un temps ou tout était simple, où l'on pouvait dormir sur la plage, où Charles prenait la main de Julie et tout aller bien. Mais c'est si loin, si vieux.



2. Monheim 1:10 à 13:24
Maintenant c'est si compliqué. Chaque jour et chaque note sont les mêmes, ils s'évanouissent sans laisser de trace. Le temps passe et il ne se passe plus rien. Les choses se tassent, on s'ennuie.
4:28 Pourtant, on devrait pouvoir être heureux, on devrait pouvoir arriver quelque part où les oiseaux chantent un peu. En faisant des petits efforts les cœurs recommencent à battre faiblement. Mais la tristesse, le chant plaintif de Charles et Julie, fatigués, reprennent parfois le dessus. On ne peut plus dormir, sur la plage, ne plus dormir est si fatigant.
6:46 Julie aime bien dormir dans les bras de Charles. Charles aime bien reposer ses mains entre les cheveux de Julie.
 7:49 Se rouler dans l'herbe, ou même attendre à deux au milieu d'un embouteillage. Moment d'intimité.  Être à deux pour lutter contre la vie et ses problèmes quotidiens, s'entraider, se reposer sur les épaules de l'autre.
9:23 Julie et Charles pleurent, de joie. Ils courent les yeux fermés dans un champ, montent la colline. Il y a les barbelés au loin devant, mais Julie et Charles courent mains dans la mains, Julie trébuche sur une motte de terre, Charles la relève, ils continuent de courir. Il y a un gigantesque arc-en-ciel recouvrant tout. Il y a des oiseaux et des lèvres qui chantent. Il y a deux êtres qui tiennent bon en se souriant.
Mais courir dans un champ ce n'est pas ce qui permet de fonder une famille...
3.Broken Windows, Locks of Love Pt. III. 13:24 à 23:17
Faire des économies, procéder méthodiquement. Et acheter une maison au milieu de ce champ. Surveiller sa santé, être responsable, contrôler ses excès.
16:11 Julie est enceinte. La maison est prête. Les 39 secondes et 9 mois passent.
16:50 .Julie pousse pousse, c'est dur. Charles l'encourage, il lui serre la main tant qu'il le peut. On aperçoit les premiers morceaux de bébé.
18:00 Le voilà dans les bras de Julie. Bercé tranquillement alors que Charles lui fait des chatouilles.
18:20 Il fait ses premiers pas. Charles et Julie le regardent grandir, assis dans leurs chaises longues au milieu du jardin. C'est un gentil garnement, il fait des bêtises d'enfant, mais ce n'est jamais bien grave. Maintenant il parle, il cri, il ri. Il a un grand sourire, comme ses deux parents. Déjà l'école, le collège.
21:00 Charles et Julie se réveillent tendrement un matin, et Arthur n'est plus là. Il a son propre studio, en ville. Il y a quelques minutes s'il était encore dans le berceau et le voilà au volant d'une voiture. Une Peugeot 206 d'occasion. Le voilà de sortie. Le voilà qui croise une jolie fille, les deux s'échangent de longs regards. La jeune fille a froid. Arthur lui propose de se réchauffer dans sa demeure. Ils montent tranquillement les escaliers,  la porte, la chambre. Arthur appuie sur le bouton Play . Dans la chaine le CD Lift Your Skinny Fists Like Antennas To Heaven de Godspeed You Black Emperor!. Et après Sleep vient Antennas To heaven. Et c'est reparti.

24 décembre 2009

Noise Floral


Surf Solar
    


Fuck Buttons est un duo anglais formé à Bristol, début 2004, par Andrew Hung et Benjamin John Power. Leur musique est généralement qualifiée d'expérimental drone noise. Surf Solar est leur deuxième album, sorti en octobre 2009. Non pas qu'il soit plus intéressant que le premier, Street Horrrsing sorti un an avant. Je préfère même le premier album. Mais il n'y avait que le deuxième en libre-service à la Fnac. Parce que oui, Fuck Buttons est à la Fnac, car c'est un groupe largement reconnu et écouté. Célébré par les revus musicales, présent en de nombreux festivals à travers le monde, etc. Le terme de drone noise, désigne une musique essentiellement constituée de longues nappes sonores, plus ou moins harmoniques et répétitives, qui visent à produire un effet sur l'auditeur ainsi qu'a expérimenté les possibilités sonores de tel dispositifs. C'est un style de musique assez difficile d'accès, et apprécié par bien peu ( pas assez). On peut donc se demander quels sont les particularités de la musique Fuck Buttons'ienne qui lui permettent, malgré ses caractéristiques expérimentales, d'être largement diffusée. Pour cela, nous introduirons un nouveau terme musical, nous parlerons ainsi de "Noise Florale" et chercherons à montrer en quoi ce terme est approprié pour désigner cette musique. On se permettra une analyse que je qualifie tout à fait arbitrairement de Bachelard'ienne, c'est à dire en utilisant des liens douteux, des rêveries bancales, pour comparer la fleur, le champ à cette musique. On étudiera d'abord les propriétés de chaque notes, puis les structures qui les mettent les unes à la suite des autres, et enfin l'effet floral qui se dégage de tout ca. Puis en même temps on peut écouter aussi ( voir en bas ).


I. Des notes telles des fleurs
L'album s'ouvre sur le titre éponyme, Surf Solar qui constitue aussi le single. L'entrée en matière est douce, ce ne sont pas des sons qui heurtent aussitôt les oreilles de l'auditeur. Des sons agréables, essentiellement aigus, contrairement au drone noise habituelle, composée de son grave et lourd. Le choix de ces sons démontre le caractère jovial, joyeux, de ces compositions. Et puis dans un champ, il y a plus souvent de petits cris d'oiseaux, de cigale, que de gros bruits lourds de tracteurs.
Certains de ces sons sont longs, et se prolongent sur quelques secondes. Telle la fleur, les notes ne sont pas seulement présentes en un point temporel et spatial, mais s'élèvent grâce à leurs solides tiges jusqu'au ciel. Très présents dans Rough Steez, les sons tribaux rappellent que la fleur est avant tout enracinée dans la terre. Le son est organique, brut. Il n'y a pas de voix, parce que les fleurs n'ont pas de cordes vocales. On ne ressent pas la présence de l'homme.
Enfin, les notes sont de faibles ampleurs lorsqu'on les prend individuellement. C'est le champ, le bouquet, la succession des notes qui créé le paysage musical Fuck Buttons'ien. On peut même se la jouer et dire que c'est le taux d'existence de chaque note/ fleurs est exponentiellement proportionnel à leur nombre. Par opposition à une chanson rock où le solo de guitare après un silence résonne plus que les notes enchevêtrées.

II. Une organisation musicale semblable à un champ
Les premières minutes de chaque chanson sont toujours calmes, peu chargées, apaisantes. Forcement, à ce moment-là nous ne sommes pas encore dans le champ, on l'aperçoit de loin. Il n'y a des fleurs que devant soi, on est pas encore entouré. De même l'outro de chaque chanson, est aussi calme. Le champ et l'agitation florale disparait derrière nos pas. On note aussi la continuité entre les chansons, à la fin d'une chanson on aperçoit la suivante à quelques pas de là. Effet qui rappelle la continuité du déplacement à pied. On se déplace toujours à pied dans les champs, et jusqu'à présent on ne peut sortir de ses pieds, on est toujours sur pied. Quand bien même un méchant pas beau utiliserait une voiture pour parcourir un terrain pastoral, cet anti écologique ne se déplacerai pas dans le champ, mais seulement sur son siège de voiture. Le champ est associé à un flux, flux de notes qui se superposent tout en avançant tranquillement. On a une répétition des sons, faisant échos à la répétition des fleurs dans un champ.
De plus, dans The Lisbon Maru, les percussions font songer à une marche de groupe, une multiplicité d'individus, soudés les uns aux autres pour conquérir les sols de la colline d'à côté. Les mélodies utilisées sont simples ( voir le tutulututu de Olympians ) , vous pourriez les siffloter ( je ne sais pas siffler... ) On les a déjà mille fois entendues, du lyrisme banal. Mais avec tout le bordel qu'il y a derrière elles sont magnifiées. Et puis d'abord, le coquelicot ce n'est qu'une fine tige verte avec de fragiles pétales roses.
Il y a souvent reprise ou superposition d'une ancienne mélodie, ralentie. Cela permet d'insister sur le caractère infini du champ de fleurs. Infinis aussi bien dans l'espace que dans le temps. Enfin, on sait aussi qu’un champ est un ensemble de fleurs, chacune semblable, chacune différente. Ainsi même si toutes les notes de toutes les chansons semblent se ressembler, comme le dit notre bon vieux John Cage, elles sont toutes différentes.

III. Un pollen musical
Ce qui est sur, c'est que la musique Fuck Buttons'ienne est une musique qui va de l'avant, c'est un élan. Il n'y a pas de mélodrame, de tristesse, de remords, de regards tournés en arrière. Chaque note est tournée vers l'avant. Tel les champs de fleurs qui poussent inexorablement et pour toujours, malgré les bombes, guerres et stupidité en tout genre de l'être humain.
Mais il faut toutefois avoir une oreille attentive et ouverte, être prêt à accepter en se laissant guider. Certains abrutis s'ennuient alors qu'ils sont au milieu d'un champ de fleur. Contrairement à beaucoup de groupes de pop electro sans intérêts, la musique de Fuck Buttons est ancrés dans la terre. Les pollens légers s'envolent et viennent caresser nos narines, mais les fleurs restent en place et ne se fanent pas. Peut-être que les prochains albums risquent de ressembler à des bouquets de fleurs Monoprix, ou autres par terre de fleur de McDo. Mais pour l'instant, le son reste une expérimentation résolument moderne, qui cherche à atteindre notre cerveau. À l'image du clip de Surf Solar qui endommage quelque peu les neurones. La musique prend possession de nos émotions plutôt que simplement nous les suggérer. On est hypnotisé par toutes ses couleurs et odeurs subtiles.

Conclusion
Avec toutes ses nappes qui se superposent délicatement, ses petits son aigus et percussions tribales, son élan tout dirigé vers l'avant, Fuck Buttons constitue bien ce que l'on appelle ( enfin moi du moins) de la Noise Florale. C'est un mélange subtil entre Casimir l'île aux enfants, et du Merzbow pur et dur. Du coup Fuck Buttons c'est vraiment cool, et les gens le savent puisque ça se vend bien. Finissons par une citation de la chronique de Noise Mag, magazine au combien intéressant : " Tarot sport est un disque jubilatoire, qui dans un monde parfait constituerait la bande-son des clubs pour faire danser les kids."

23 décembre 2009

Pop d'amour





Okay - Huggable Dust



Puisqu'il y a tellement de gens intelligents, utilisons leurs idées, et servons-nous de l'œuvre de Roland Barthes pour parler de cet album. Le discours amoureux ( ou Fragments d'un discours amoureux ) présente toutes les figures du discours amoureux, les théorise, les explique, les explore. Le grand Barthes se sert de Souffrances du jeune Werther de Goethe, nous on va se servir de cet album, et relever méthodiquement les figures du discours amoureux. Et puis comme on n’est pas aussi intelligent qu'on en a l'air, on va piocher allègrement dans le livre de Barthes pour l'explication des figures. Et il y en a des figures, parce que cet album ne parle que d'amour ou peut-être de l'amour, et il en parle amoureusement. En plus ça me fait travailler mes cours...



Figure 2 : Abime
"I'm afraid, I'm no fun, I'm nothing, I'm no one.
All the fight that you won, what the hell has it done"
Les tristes notes qui apparaissent tout au long de la chanson Asleep. Le long silence de début, puis le petit rythme qui bat comme un cœur. "tum tum tum tum tum tum tum".
Et plus généralement la voix torturée tout au long de l'album.

Un certain mode d'anéantissement du sujet amoureux, qui tombe et se perd.

Parce que l'aimée de Marty Anderson, unique membre de Okay, est partie avec un autre. Et qu'à cause d'une horrible maladie, il est obligé de rester dans sa chambre. Du coup il compose de la pop de chambre, dans sa chambre.


Figure 3 : -aime
"All that I'm gonna do/ need / give is love
It's so simple, all I'm gonna do/ need / give is love"

Bien que le mot n'apparaisse pas tant de fois que cela au cours de l'album, il transparait entre chaque note. La simplicité des mélodies, des arrangements musicaux, la position de la voix, le fait qu'elle se répète sans cesse. Parce que quand on aime, on aime. Et que même si le temps de lecture avance, on fait toujours la même chose : on aime.

Je t'aime est un mot total. Aime est un mot poétique par excellence : départ de mille métaphores, mais lui-même n'est métaphore de rien.


Figure 7 : Attente
"And oh, some days are so long"
"I pray each time I leave your loven arms"

Si une seule définition était possible du sujet amoureux, ce serait celle-ci : le sujet amoureux est celui qui attend, de toutes les manières. De l'attente fondamentale et comme permanente du comblement, de la présence, jusqu'aux attentes les plus contingentes, non moins angoissantes : l'attente d'un rendez-vous, d'une lettre, d'un téléphone, d'un message.[...]
Peur de la perte de l'être aimé, panique. Le sujet amoureux désire la présence de l'être aimé, comme si cette présence était la vérité ; et l'attente est l'épreuve de cette vérité.

Une fois que l'album est fini. Il n'y a plus qu'à attendre qu'il recommence...


Figure 8 : Autre langage
Le chanteur n'en dit jamais trop. Ce sont de petites phrases, sans beaucoup de mots. De petites phrases simples, qui ne rendent pas le tout horripilant. Même les ventriloques ne peuvent vraiment parler avec leur cœur, ils utilisent leur estomac. Ici c'est la musique du coeur qui parle. Les chaudes mélodies, les petites envolées magiques. Ce n'est pas comme tous les chanteurs lamentables, qui parlent sans cesse de l'amour, puisque l'on parle partout de l'amour. Ils en parlent, mais ils en parlent mal.

Par cette figure le sujet pointe le frottement, la friction insupportable, " horripilante " de son langage amoureux et de tout autres langages : langages constitués de la mondanité, de la science, de la mode, de la généralité, ressentie avec horreur comme facticité.


Figure 9 : Bonté
"She has got to be the holiest beast who ever walked the earth"
Les choses qu'on aime ( ici une jolie fille) deviennent les plus sacrées du monde.
"why would you want to go on loveless?"
"I can't keep what's not there "
Mais du coup, nous ne sommes que bien peu de choses face à elles.

Figure du discours par laquelle le sujet amoureux pointe et se parle à lui-même la "bonté" de l'objet aimé. "bonté" vaut ici pour toute qualité, toute vertu "objective" de l'être aimé, c'est à dire toute qualité qui peut être posée extérieurement, hors de la relation amoureuse. C'est le Bien objectif et objectal de l'être aimé. Perfection de l'être aimé, magie de la bonté de l'être aimé, et l'exclusion du sujet aimant qui en découle.

Il n'y a aucune fausse note, ou partie agressive tout au long des 18 chansons. Que de la bonté. C'est un album composé par un gens gentil pour les gens gentils.


Figure 12 : Circonscription
" I want you to know it's alright"
"I just have to let it go"
"I didn't know that this something was really nothing in my way
But now I know that this something just has to leave so it can stay"

Cette figure vise l'impossible circonscription du plaisir amoureux. Ceci fait partie des tentatives internes de solutions : accepter les absences, l'éloignement, l'engagement de l'objet aimé pour un autre, suspendre tout retentissement dès ces vacances et se contenter de ce qui est donné par le réel. Vœu impossible, celui qui défie l'être, le nom même de l'amour.

Figure qui se retrouve beaucoup dans l'album. Après tout, la jolie dame est partie. Quelque chose a mal tourné, et du coup il faut bien faire avec. Seulement c'est impossible. Mais comme on est des gentils messieurs, on reste là sans l'embêter. Lui il a choisi d'en faire un album pour passer à autre chose. Henri Miller faisait un livre pour oublier une femme. Nous on peut écouter cet album et essayer d'oublier, aussi. Je ne vous conseille que trop peu de lire Henri Miller d'ailleurs.


Figure 14 : Cœur
"It's my heart you got"
"You are my heart"

Une note érudite dit : " Saint-Preux aussi parle souvent de son coeur et le met au-dessus de tout" Le problème n'est pas du tout là : il ne s'agit pas d'une proéminence ( historiques) des valeurs affectives ( romantisme) mais d'une agression du monde contre le sujet amoureux. Donner son cœur. Cœur : ce qui se donne pour rien.

À vrai dire ici ça n'a pas grand-chose avoir avec la figure telle qu'elle ait décrite par Barthes. Disons peut-être qu'à travers cette chanson, en plus de parler à tous les jolis gens du monde ( joli au sens large), Marty Anderson nous parle à nous. Nous qui possédons ses chansons dans lesquelles il parle avec son cœur, avec toute la vérité qu'il possède.


Figure 18 : Créativité
"I could write you a novel tonight
I could write a new song each day
It's a natural part of my day"


Il pourrait écrire beaucoup de choses. Mais dans les faits, il n'a fait qu'un album en 3 ans. L'avant-dernier album d’Okay, High Road / Low Road remonte en effet à 2005. Alors qu'au temps de Dilute ( ancien groupe de Marty Anderson, fantastique ), on a eu droit à deux chefs d'œuvres musicales à la suite. The Gipsy Valentine Curve en 2001 et Grape Blueprints Pour Spinach Olive Grape en 2002.

La figure pointe un paradoxe : énorme mythe culturel, doxa lourde, selon lesquels l'Amour enflamme et nourrit la créativité. Mythe romantique français : j'exprime mon amour dans une créativité immortelle.
[...] Explication plus large : c'est L'Imaginaire même qui bloque la création en tant qu'il est coalescence du sujet et de l'image. Le sujet est collé à l'image.


Figure 19 : Déclarationnisme ( avec deux "n" comme "révisionnisme")
"I start speakin' too soon
When I look at the moon
Light on your face
I'm not one to be proud
But I'll say it out loud
You are my heart"

Pulsion du sujet amoureux à entretenir abondamment, avec émotion ( et une éloquence plus ou moins creuse) l'objet aimé, de son amour, de lui, de soi. Sorte de conduite autonymique : le rapport amoureux se met en scène lui-même, parle de sa propre forme : il se déclare.[...]
Le message est comme une caresse, un frôlage ému.[...] Flux de paroles désirantes, c'est-à-dire la part royale de l'hystérie amoureuse. Enfin, et ceci va bien après le meurtrier de l'hystérie - se rappeler toujours le rapport entre amour et hypnose.

Ici c'est tout l'album constitue un exemple de déclarationnisme. En plus de nous parler ( chanter ) amoureusement, Marty Anderson nous ensorcèle avec sa petite voix en mélodies naïves. On est bel et bien hypnotisé. Il arrive à se contrôler, à ne pas se mettre à raconter des bêtises ou crier hystériquement, et ainsi ne fait pas "peur".


Figure 32 : Exprimer ( Expression)
"More than you know
More than I can show
It's my heart you got"

Ensemble dispersé de traits du discours par lesquels le sujet dit : son besoin irrépressible d'exprimer son amour et son impossibilité à le faire.

Ce que les paroles n'arrivent pas à exprimer, la musique s'en charge. Les notes se font tantôt hésitantes, dansantes, ou déterminées à finir dans nos oreilles.


Figure 34 : Fatigue
"I'm tired"
"Half asleep, half aware"
"What a nightmare to love"

Cette fatigue de l'Amour doit être signalée comme dépense extrême du corps amoureux, dépense physique ( l'Amour est énergie et dépense d'énergie). D'où la compensation paradoxale : dormir. L'amoureux dort.

La dernière chanson, peut-être la meilleure, Asleep, insiste bien sur cette fatigue inhérente au fait d'aimer avec passion. Ce qui est bien c'est que pourtant, une fois que le CD a fini de tourner, nous ne sommes pas fatigués. La légèreté des chansons fait que même au bout des 58 minutes on n’est pas fatigué. Pourtant la voix plaintive, les sonorités bancales pourraient horripiler, mais non.


Figure 47 : Inscription
Le fait qu'il parle de son amour. Le fait que je parle de cet album.

Inscrire quelque part ( partout) le nom de l'objet aimé ou la mention de la relation amoureuse.


Figure 59 : Musique
Le fait qu'il est magnifiquement mit tout ça sous forme de musique. Le fait que j'aime autant cette musique parce qu'elle me rappelle des choses, et qu'elle me soulage. Parce que c'est tellement simple et vrai qu'on peut facilement s'y identifier suivant ses aléas amoureux, et y soigner son cœur, le pacifier et éviter tout "délabrement".

Association privilégiée de la musique et de l'amour, effet exaltant et pacifiant de la musique sur le "délabrement" amoureux.


Figure 61 : Oblation
"But oh, that don't change where I belong
My love, no that don't change at all"
"I want youuuu .....
I want youuuuu ......
To be happy"

Figure précise par laquelle le sujet amoureux fait don à l'objet aimé de deuil dans lequel il va être plongé en décidant de la quitter : " Je ne t'en veux pas de la souffrance que tu me causes", "Je te pardonne".

C'est surement cela qui rend l'album si beau, c'est l'absence de rancœur, de haine. C'est l'espoir et la joie entre chaque respirations et note. La dernière partie de Natural, où après avoir répété "I want you" tant de fois, on entend "to be happy". Je ne sais pas pour vous, mais moi je le suis, heureux, suite à l'écoute de la galette musicale.


Figure 81 : Rythme
"There's always a downside, there's always an upside"

Le sujet constate en lui une alternance d'"humeurs " : succession de chagrins et de joies ( dans le champ amoureux).

Ce que je constate moi, c'est qu'il y a une alternance de rythme entre les chansons. Des toutes calmes ( My, Simple ) , des plus pêchues ( Peaceful, Loveless). Rajoutés à cela la variété de ton, tristes ( Asleep, Huggable Dust ) enjouées ( Only, Panda). Ainsi que de longueurs , de 7 à 2 minutes. Tout cela fait qu'il y a du rythme.


Figure 98 : Voir clair ( lucidité )
"Just today, just for fun, love something, love someone"

Conscience aiguë de contradiction entre la lucidité ( la connaissance de la situation), le "savoir" et le "vouloir- pouvoir".

Marty Anderson a fait preuve d'extrêmement de lucidité en composant cet album. Beaucoup de génie là-dedans, mais très modeste. Un joli CD qu'il faut écouter, comme le dit la réplique qui clôt le tout : Juste pour le fun, pour le plaisir du cœur et des oreilles.
Quant au livre de Roland Barthes, en plus du plaisir, cela vous permettra de ne pas refaire les mêmes erreurs la prochaine fois que vous tombez amoureux... Un peu de lucidité, courez l'emprunter à la bibliothèque du coin ( il est cher, gros, et dur à trouver en librairie).

22 décembre 2009

Nouvelles aventures de super-héros


 Crimed In Choir - Trumpery Metier

5 garnements de San Francisco, qui font du rock instrumental progressif. Ce qui se traduit par rock givré avec bruits de piano électroniques. Trumpery Metier est leur 4ème album, sorti en 2006.


Ça commence par des bruits électroniques. Synthétiseur ridiculement has-been, rappelant la période folle des années 80 où l'on appuyait simplement sur 3 touches de clavier pour composer une chanson. Après il y a la guitare, la batterie, la basse, le saxo. Une suite de générique de dessin animé métaphysique. Atmosphère de cartoon composée de super héros et de votre voisin, de vous. Le saxo fait son effet, le héros combat des monstres, il se prend des coups, mais il est indestructible. Le son semble invincible, le synthé crie inexorablement, monte, monte. Petite mélodie, pour montrer à quel point nous sommes tous un peu des super héros évoluant dans un super monde. Les super méchants on ne les voit pas, la musique semble progresser vaillamment, nous entraînant dans son sillage, et à vrai dire il n'y a aucune fausse note pour l'en empêcher. Le temps avance et en plus de se croire pour un super héros, on se croit pour un bon danseur. À l'image de la pochette, il y a des poires bien sucrées, qui lévitent devant nos yeux. Un festin sonore, magique, arrosé de vin. De temps en temps le héros tombe amoureux, chaude mélodie. Il s'affaiblit, le synthé disparaît petit à petit, mais heureusement il se relève magnifiquement, et repart de plus belle. Il court en notes agitées, tempo rythmé, ou s'envole en notes aériennes. Et puis vient le générique de fin, avec un résumé rapide de tous les pouvoirs extraordinaires, petits chants électroniques, guitare lasers, batterie marteau, piano défibrillateur. Tout est bien qui finit bien, notre héros ressort grandit cette expérience.Il est déjà en route vers de nouvelles aventures. Fin.